Pourquoi les francophones ne croient pas Bart De Wever

La chronique de Béatrice Delvaux dans De Standaard.

Temps de lecture: 4 min

La difficulté du CDH et du MR à rentrer dans un gouvernement de centre droit avec Bart De Wever et la N-VA s’expliquerait par le manque de confiance de ces deux partis dans le leader nationaliste et les siens. Le projet socio-économique ? Il y a de la convergence sur nombre de points. Et comme Bart De Wever a dit le soir de son succès, à la VRT, que «  rien dans son programme n’était à prendre ou à laisser », cela laisse de la marge pour un possible succès.

La volonté pourrait aussi y être. Nombre de francophones pourraient être séduits par la possibilité de gérer, pour une fois, sans les socialistes : un gouvernement sans le PS serait au changement politique, l’équivalent du « les chrétiens et l’Etat CVP dehors » réussi par Verhofstadt. Reste que pour ces francophones-là, si le prix à payer pour avoir le PS hors jeu, est d’avoir la N-VA dans le jeu, c’est trop lourd ou trop dangereux. Tentatives d’explications.

1.  L’objectif final de la N-VA. Le point 1 des statuts reste l’hypothèque majeure. Aucun parti francophone ne veut la fin de la Belgique. Or, même si la N-VA s’engageait à ne réclamer aucune réforme de l’Etat dans les 5 ans à venir, elle est claire sur la visée ultime : «  la fin de la Belgique en 2030 dans le cadre d’une Europe forte  », avait répondu De Wever sur RTL/VTM. Au MR comme au CDH, on craint donc qu’une fois au gouvernement, la N-VA s’empare de fonctions clés du dispositif fédéral (finances, budget, justice) pour en démontrer l’impossible efficacité, toute solution passant par un démantèlement. Séparer le pays « à l’insu du plein gré » des partis francophones du gouvernement De Wever : aucun homme politique du sud du pays ne voudra laisser cette trace de « cocu magnifique » dans l’histoire de l’ex-pays, de son parti ou sur sa propre pierre tombale.

2.  Le serpent Ka. Croire la parole de Bart De Wever ? C’est un autre souci. La vidéo des derniers jours de campagne – le « message aux francophones  » – n’a paradoxalement pas aidé car elle a suscité, comme l’a écrit le politologue Pascal Delwit, le souvenir du « Aie confiance. Crois en moi » utilisé par le serpent Ka dans « Le livre de la Jungle » pour mieux hypnotiser Mowgli et le manger tout cru. Certains ont mis face à face les propos tenus par le leader de la N-VA lors du fameux duel sur RTL avec ceux de la fameuse vidéo, pour démontrer la schizophrénie à laquelle leur dualisme invitait le spectateur francophone. Alors, aller dans un gouvernement dans une telle incertitude… D’autant que cela pour le reste, il s’agirait de faire l’amour sans préliminaires. Les contacts préalables entre la N-VA et ses potentiels alliés francophones, qui auraient pu rassurer, ont été quasi inexistants. Et ceux qui existaient au MR, ont été entretenus avec le mauvais cheval : ce n’est pas Didier Reynders qui a la main cette fois, mais Charles Michel qui a fait du refus de gouverner avec la N-VA, sa profession de foi.

3.  Le soldat Lutgen. Il n’est pas de Bastogne pour rien. L’homme est têtu, a surenchéri sur les accusations de « racisme » anti-wallon prononcées par Francis Delperée à l’encontre de la N-VA, et s’est fait une popularité sur son côté « je dis ce que je pense et je m’y tiens ». Et comme son parti a un programme davantage « PS » que « N-VA compatible » sur le plan socio-économique, il n’est à ce stade pas le meilleur compagnon d’échappée potentielle des libéraux.

Ajoutons à ce tableau, la rage rouge : à peine MR et CDH auront-ils décidé de mettre un pied dans ce gouvernement « N-VA » qu’ils vont se faire agonir par le camp socialiste. Qui les traitera de « traîtres » à la cause belge, à leurs propres promesses et leur feront vivre l’enfer, avec la complicité des syndicats. Enfin, contrairement à ce qui se passe en Flandre, les libéraux francophones ne sont pas mis sous une pression forte des milieux patronaux pour lâcher le PS à tout prix. Pas de Vinck du sud, de Torfs wallon, ou de Voka local qui puisse culpabiliser médiatiquement et subliminalement les dirigeants du MR pour avoir failli à leur mission libérale en refusant cette rare possibilité de la jouer centre droit.

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