La Cambre Mode(s): show devant

Véritable laboratoire dédié à la création textile sous toutes ses coutures, le défilé annuel de La Cambre coïncide cette année avec la tenue de Madifesto, un symposium européen dédié à la mode et à ses métiers organisé par MAD, le Centre bruxellois de la mode et du design. Parmi les thèmes abordés, les défis auxquels sont confrontés les jeunes créateurs de mode… Des réalités du métier que les étudiants approchent pendant leurs études via les stages et lors des défilés.

Lady Gaga et Axelle Red, inconditionnelles de la mode belge

Pour sa 26e édition, le show de la section stylisme et création mode de La Cambre accueille donc ces vendredi et samedi des personnalités de haut rang venues à Bruxelles. Vendredi soir aux Halles de Schaerbeek, il y avait la blogueuse et chroniqueuse américaine Diane Pernet, reconnaissable entre toutes à sa coiffe d’infante (les broches en forme d’araignée en plus) et à ses lunettes noires, assise au premier rang aux côtés de Didier Vervaeren, professeur de stylisme à La Cambre, dont le look ne passe pas davantage inaperçu, casquette noire posée sur le crâne et lunettes noires aussi.

Au premier rang (dites « front row » dans le jargon), Axelle Red porte une tunique cloutée AF Vandervorst que rehausse sa crinière rousse. « Cette école est exceptionnelle, il y a vraiment de quoi être fier, s’emballe la chanteuse dont le goût pour la mode n’est un secret pour personne, notamment depuis l’exposition de ses quelque 200 robes au musée de la mode de Hasselt. C’est l’école de la liberté, un mot qui nous définit peut-être le plus en tant que Belge, quels que soient les arts. La créativité va très loin ici, peut-être même plus loin encore qu’à l’Académie d’Anvers où l’héritage des Six d’Anvers est peut-être lourd à porter. » Venue avec ses trois filles et son mari, Axelle Red est aussi là en repérage : l’an dernier elle a craqué pour la veste d’une étudiante qu’elle portait dans un clip alors qu’elle n’était pas tout à fait finie.

D’autres stylistes de star sont aussi tapis dans les rangs. Une fausse rumeur affirmait que Lady Gaga avait réservé toute la salle le vendredi. Pour farfelue qu’elle soit, la légende urbaine avait un fond de vérité : la « Mother Monster » aime aussi la mode belge. L’an dernier, sa styliste avait repéré au défilé de La Cambre une robe de la collection de fin de cycle de Louise Leconte dont elle a habillé la star excentrique.

Le show est l’aboutissement de tout ce que les étudiants ont appris au terme de leur année d’études. Une apothéose comme un feu d’artifice des créations des 60 étudiants que compte la section, toutes années confondues. Un spectacle total, avec sa mise en scène décalée et pleine de fantaisie, ses chorégraphies signées Lise Kinoshita, sa musique orchestrée de main de maître par Sushiflow et ses mannequins maquillés comme des oeuvres d’art par Dior.

Des silhouettes siamoises et une robe-bustier pour homme

21 heures. Le défilé s’ouvre sur la présentation des collections des étudiants de deuxième axées sur des silhouettes asymétriques ou siamoises qui célèbrent volume et géométrie. Viennent ensuite les travaux des 3e année dédiée au vestiaire masculin. Les univers créatifs se démarquent déjà, autant que les inspirations diffèrent. Paul Kaplan bouscule les codes avec une collection qui décline le noir et le kaki et une robe-bustier pour homme, tandis qu’Adèle Andreone propose une vision streetwear très aboutie. Chez elle, l’homme est une « caillera » raffinée, qui porte avec grâce inscriptions en arabe et inscrustations brillantes, combinaisons, shorts et blousons.

En première master, la signature des sept élèves de 4e année s’affine encore avec l’élaboration d’une garde-robe de dix pièces. Delphine Baverel propose des silhouettes longues et fluides, rehaussées de franges et de coussinets sur les fesses – notre main à couper que Lady Gaga va aimer. Samantha Cazenave mixe et superpose les longueurs : jupe sur la jambe gauche et pantalon sur la droite ou encore skinny d’un côté et large de l’autre, elle explore tous les possibles.

L’audace, de la 1re à la 5e année d’études

Après un bref temps de pause alors qu’il fait tropical voire irrespirable dans la salle des Halles – grâce soit rendue aux éventails du partenaire coiffeur Biguine distribués à l’entrée –, le show reprend avec la présentation des collections des étudiants de première et de cinquième année. L’audace est le fil rouge, avec des collections parfaitement maîtrisées pour les aînés et une expérimentation sans limite des étudiants à l’aube de leur cursus.

Buste, sous-jupes et jupes en tulle blanc et chair donnent aux mannequins des première année des allures de danseuses futuristes, comme autant de chrysalides sur le point de devenir papillons. Une métaphore de la section stylisme et création de mode de l’école bruxelloise ?

Sur la vingtaine d’inscrits en début de cursus, seule une poignée arrive en dernière année. Cette année, quatre étudiants achèvent la formation (soit le double de l’an dernier). « Le marché libère encore trop de diplômés, concède Didier Vervaeren. En plus du talent, il faut avoir le bon profil, toutes les écoles ne peuvent pas se targuer de ça, estime le professeur de La Cambre. Tous ne deviendront pas de grands noms de la mode, certains mettront leur savoir au service du stylisme ou du journalisme. Nos étudiants doivent chercher dès la 3e des parrains et des sponsors pour les épauler dans leurs projets ».

L’excellente réputation de l’école bruxelloise à l’international, classée 6e au top 50 des écoles de mode par le site Fashionista, attire évidemment du monde. Cette année, sur les quatre étudiants qui achèvent leurs études, Anouck Fallon qui propose une collection sexy et balnéaire est la seule Belge. Les trois autres sont Français.

Parmi eux, Louis-Gabriel Nouchi, dont le vestiaire masculin de dandys sophistiqués a défilé ce printemps à Hyères. Son compatriote Eddy Anemian a remporté le H&M Design Awards en janvier dernier, un prix de 55.000 euros qu’il compte investir dans le lancement de sa propre marque, tout en rêvant travailler un jour chez Dior. Sa collection, toute en fluidité et en sensualité, revisite les tailleurs en les rendant plus modernes. Bermudas, vestes zippées, robes près du corps, jupes déstructurées et manteaux oversize déclinent mousseline, jersey et nylon, donnant à l’ensemble quelque chose de très personnel et de très féminin. Raf Simons raffolerait.

Léa Barré avoue quant à elle une affinité particulière avec Phoebe Philo de la marque Céline. La jeune Française dont la fibre textile remonte à l’enfance a travaillé sa collection de fin d’année à partir de mousses d’intérieur de voitures surpiquées (un choix de tissu aussi judicieux que malin, qui lui permet d’établir un prix record pour les 12 pièces de sa collection : environ 1.500  €). En backstage, tandis qu’elle perce les yeux des masques de latex de ses mannequins, la créatrice explique avoir voulu travailler une seconde peau et s’être inspirée des « crash-tests ». Le vêtement est précis, construit, carrossé dans une recherche de formes géométriques. Elle se dit heureuse de terminer ces cinq riches années d’études et avoir envie de voler de ses propres ailes. Comme un papillon.

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