David Cameron: «Se battre pour la démocratie et l’intérêt européen»

Pour la plupart des citoyens européens, le débat à venir le plus intense portera sur la Coupe du monde. Seulement une petite minorité suivra les discussions sur la présidence de la Commission européenne. Mais ce débat est important car il est au cœur du fonctionnement de l’UE, la nécessité de respecter ses règles, et la relation appropriée entre les nations de l’Europe et les institutions de l’UE.

Les électeurs ont envoyé un message clair aux élections européennes. Ils sont déçus de la façon dont l’Europe fonctionne. Ils exigent que l’UE se concentre sur les questions qui les préoccupent : la compétitivité, la croissance et l’emploi. Et ils veulent que l’UE les aide, pas qu’elle leur donne des ordres.

Cela s’est vérifié par la montée des partis anti-européens, la baisse des taux de participation dans la plupart des pays et le déclin du soutien pour les plus grands groupes politiques du Parlement européen.

La question qui se pose pour les dirigeants européens est maintenant celle-ci : comment pouvons-nous répondre à ce message ?

Les résultats des urnes devraient être un avertissement pour les dirigeants de toute l’Europe. L’avenir de l’Union européenne est en jeu. Elle doit changer.

La position du Royaume-Uni est claire : nous voulons que l’UE réussisse. Pour défendre les valeurs de la liberté et de la démocratie sur notre continent et stimuler la prospérité. Telle est la tâche centrale de l’Union européenne aujourd’hui. Et cela exige une Union plus ouverte, tournée vers l’extérieur, flexible et compétitive. Elle exige également un leadership audacieux – des gens prêts à tenir compte des préoccupations des électeurs et de faire face aux défis auxquels l’Europe est confrontée.

Le premier test est la nomination du prochain président de la Commission européenne.

En vertu des traités de l’UE, ratifiés par les parlements nationaux, il est dans le chef des gouvernements de désigner le candidat à la tête de la Commission européenne – les dirigeants devant « tenir compte » des élections européennes. Ensuite les eurodéputés doivent voter au travers d’un scrutin secret. C’est ce processus clair, inscrit dans le traité de Lisbonne, après des négociations tortueuses pour trouver l’équilibre entre les États-nations et le Parlement européen qui doit être suivi.

Cependant certains députés ont inventé un nouveau procédé par lequel ils tentent à la fois de choisir et approuver le candidat. Les groupes politiques majeurs ont choisi des « principaux candidats », les soi-disant Spitzenkandidaten, pendant les élections et ont conclu un deal dans les coulisses par lequel ils unissent leurs forces afin de soutenir le candidat du parti qui a remporté le plus de sièges. Ce concept n’a jamais été approuvé par le Conseil européen. Il n’a pas été négocié entre les institutions européennes. Et il n’a jamais été ratifié par les parlements nationaux.

Pourtant, les partisans des Spitzenkandidaten affirment que les peuples d’Europe ont clairement élu Jean-Claude Juncker comme président de la Commission et qu’il serait antidémocratique pour les dirigeants nationaux élus de choisir quelqu’un d’autre.

Ce n’est pas une attaque contre M. Juncker, un homme expérimenté de la politique européenne, de dire que c’est un non-sens. La plupart des Européens n’ont pas voté aux élections européennes. Le taux de participation a diminué dans la majorité des Etats membres. Nulle part le nom de Jean-Claude Juncker n’était sur le bulletin de vote. Même en Allemagne, seulement 15 % des électeurs savaient qu’il se portait candidat. Ceux qui sont allés aux urnes l’ont fait pour choisir leur député européen, pas le président de la Commission.

Accepter une telle demande ne renforcerait pas la légitimité démocratique de l’UE. Cela transférerait le pouvoir des gouvernements nationaux au Parlement européen sans l’approbation des électeurs. Cette procédure empêcherait à l’avenir un Premier ministre ou un président en fonction de diriger la Commission européenne.

Beaucoup de gens ont des inquiétudes profondes au sujet de cette approche, sur une prise de pouvoir par la porte arrière. Mais nous ne devrions pas faire l’impasse sur cette question qui pourrait être un précédent périlleux pour l’avenir.

Nous devons trouver le meilleur candidat à la présidence de la Commission. Quelqu’un qui peut mener l’UE sur la voie des réformes ; qui peut stimuler la croissance et l’emploi ; et qui accepte que les besoins de l’Europe puissent être mieux servis par une action au niveau national. Un honnête et fiable courtier capable de réengager les électeurs européens.

La Grande-Bretagne a la réputation de défendre la démocratie et de combattre pour son intérêt national. Mais il s’agit ici de se battre pour l’intérêt européen. Et les trois principaux partis politiques du Royaume-Uni sont unis sur cette question.

Il est maintenant temps pour les dirigeants nationaux de l’Europe d’avoir le courage de leurs convictions en défendant leurs places dans l’UE, et ce qui est bon pour notre avenir commun. Il est maintenant temps de présenter un candidat qui convaincra les électeurs européens que nous agissons en répondant à leurs préoccupations.