Trois ados israéliens enlevés par des Palestiniens en Cisjordanie

Depuis la fin de la deuxième intifada (2004), la situation n’a jamais été aussi tendue. Reportage de notre envoyé spécial à Hébron

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Les trois jeunes, Naftali Frankel (16 ans), Gilad Shaer (16 ans) et Eyal Ifrah (19 ans) sont portés disparus depuis jeudi soir près, alors qu’ils venaient de quitter une « yeshiva » (école talmudique) située dans la colonie de Kfar Etzion. Pour ce que l’on en sait – la censure militaire israélienne est particulièrement sévère dans ce dossier, les trois jeunes gens ont envoyé un texto à leur famille signalant qu’ils quittaient leur établissement vers 17heures. Ils ont été vus pour la dernière fois alors qu’ils faisaient du stop à l’entrée de la colonie d’Alain Shvut. Un véhicule qui aurait pu les avoir embarqués a ensuite été retrouvé incendié à l’entrée d’Hébron.

Selon la thèse officielle israélienne, les trois étudiants auraient été enlevés afin d’être échangés contre des prisonniers palestiniens que le gouvernement de l’Etat hébreu n’a pas voulu libérer il y a trois mois, lorsque les négociations de paix avec l’Autorité palestinienne (AP) étaient encore en cours. Sur le terrain, des officiers et soldats de Tsahal (l’armée israélienne) doutent cependant de pouvoir les retrouver vivant. « A part celle d’une mystérieuse branche palestinienne de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), nous n’avons enregistré aucune revendication crédible  », dit l’un d’eux. « Soit les trois disparus ont déjà été tués, soit leurs ravisseurs gardent le silence parce qu’ils tentent d’emmener leurs otages ailleurs. A Gaza ? Ce n’est pas possible. Reste la Jordanie… ».

Barrages et perquisitions

Depuis vendredi, l’armée israélienne, la police et le Shabak (la Sûreté générale de l’Etat hébreu) ont en tout cas déployé des milliers de paras et installé des barrages à peu près partout. Surtout dans la région et du village de Toubas où des unités d’élite perquisitionnent chaque maison et fouillent les voitures.

A Hébron, les commandos israéliens accompagnés d’agents du Shabak ont interpellé seize membres du clan Kawasmeh, une famille dont certains membres liés au Hamas et au Jihad islamique ont été « liquidés » durant la deuxième intifada.

Cette opération a d’ailleurs provoqué une « riposte » d’étudiants palestiniens qui ont attaqué les soldats de l’Etat hébreu à coups de pierres et de cocktails Molotov. Dans la foulée, le porte-parole de la branche armée du Hamas a appelé au déclenchement d’une nouvelle intifada alors que le Jihad islamique réclamait d’enlèvement d’autres colons.

«  Regardez ce qui s’est passé il y a quelques années avec le caporal Gilad Shalit : capturer des Israéliens est le seul moyen dont nous disposions pour faire libérer des prisonniers Palestiniens, nous devons l’utiliser », dit un jeune lanceur de pierres d’Hébron. « Je ne sais pas qui a fait ce coup mais je lui dit bravo. Trois colons en une fois, c’est génial ! ». D’autres déplorent que les services de sécurité de l’AP collaborent avec ceux de l’« ennemi sioniste » pour retrouver les disparus au lieu d’empêcher les Israéliens d’agir.

Une cinquantaine de tentatives d’enlèvements depuis 2013

A Tel-Aviv, Binyamin Netanyahou multiplie les réunions du cabinet de la sécurité ainsi que les séances de travail avec les responsables du Mossad, du Shabak et de l’Aman (Renseignements militaires). Vendredi, il a également tenu le président Mahmoud Abbas ainsi que le nouveau gouvernement palestinien d’union nationale « responsable du sort réservé aux trois jeunes colons ». « Voilà ce qui arrive lorsque l’on fait entrer une organisation terroriste comme le Hamas dans un gouvernement  », a-t-il ajouté. «Nos jeunes ont été enlevés par une organisation terroriste, cela ne fait aucun doute», a affirmé samedi soir dans la soirée Benjamin Netanyahu lors d’une brève allocution radio-télévisée.

Quelques minutes plus tard, la présidence de l’AP lui a rétorqué que celle-ci «  n’est pas responsable de la sécurité des colons ». Elle de poursuivre : « Les événements de jeudi se sont déroulés dans la zone C de la Cisjordanie, celle qui est sous le contrôle total d’Israël. Pourquoi nous mêler à cette histoire ? ».

De fait, les alertes à l’enlèvement d’Israéliens existaient déjà bien avant la constitution d’un gouvernement palestinien nationale. En 2013, le Shabak a ainsi comptabilisé cinquante tentatives dont une – en septembre dernier- s’est soldée par le mort de l’otage. Depuis le début de l’année, 14 tentatives ont déjà eu lieu, a révélé le ministre israélien de la défense Moshé Yaalon.

 

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