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La question, ce n’est pas Juncker, c’est le Royaume-Uni

Chef du service Monde Temps de lecture: 2 min

Jean-Claude Juncker est le seul des candidats à la présidence de la Commission européenne à avoir intégré dans son programme la place du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Il y fixait l’objectif d’un « bon deal » à trouver avec les Britanniques. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’en a pas été bien récompensé : la croisade anglaise anti-Juncker a été d’une violence rare, allant jusqu’à l’insulte et la diffamation, y compris à l’égard de sa famille.

Mais M. Juncker avait vu juste en pointant la question britannique. Et la polémique qui s’est développée depuis le scrutin européen autour de sa candidature à la tête de la Commission, se révèle pour ce qu’elle était dès le départ : la question n’est pas celle de la place de M. Juncker à la tête de la Commission, mais celle de la place du Royaume-Uni dans une Union politique dont la nature est en train d’évoluer.

La nouveauté est qu’au travers du dernier scrutin européen, le Parlement a réussi à imposer l’idée qu’une assemblée qui doit accorder son investiture à un président de Commission désigné par les 28, ne peut être qu’une chambre d’enregistrement. En renforçant son pouvoir – tous les parlements dans l’histoire ont dû se battre pour cela, à commencer par le britannique –, le PE renforcera aussi celui du prochain président de la Commission, qui sera investi d’une légitimité démocratique inédite.

Cette évolution a été un peu difficile à avaler pour 27 chefs d’État et de gouvernement. Elle est par contre imbuvable pour le 28e  : le Royaume-Uni ne reconnaît pas à l’UE la nature politique de son union. La raison en est que les dirigeants et les élites britanniques n’ont jamais expliqué à leur peuple que l’Union européenne n’était pas qu’économique, mais aussi voire d’abord politique. Le débat a été faussé dès l’origine. Paradoxalement, le seul parti qui le dit sans aucun fard est l’Ukip. Le mouvement de Nigel Farage milite pour la sortie du Royaume-Uni de l’UE, justement parce qu’il reconnaît mais rejette l’Union (politique) européenne, tandis que les conservateurs modérés, mais aussi parfois les travaillistes, la soutiennent sans la reconnaître.

David Cameron a tenté et échoué à imposer au reste de l’Union européenne, et notamment à ceux qui auraient pu être ses alliés sur de nombreux sujets, les termes faussés du débat britannique. Le moment de vérité pour le Royaume-Uni est arrivé. Et l’UE n’est plus disposée à se laisser prendre en otage par le malentendu britannique.

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