Des appartements de luxe face à la Semois

C’est vrai que les nouveaux venus, qu’ils fassent de cet écrin de beauté leur résidence permanente ou secondaire, seront aux premières loges pour admirer, en contrebas, le village classé de Frahan et la boucle de la Semois. Un site classé par la Commission royale des monuments et des sites, et ni plus ni moins inscrit sur la liste du Patrimoine exceptionnel de Belgique.

Au total, 15 appartements haut de gamme de 110 ou 182 m², et deux villas ont été construits le long de la route de Rochehaut-Alle. Des biens tout confort dessinés par l’architecte anversois Emmanuel Lenders, et qui se répartissent dans six bâtiments bâtis l’un à côté de l’autre. L’architecture est à la fois authentique et moderne : si des matériaux de la région ont été utilisés (la pierre et le schiste local notamment), les lignes sont minimalistes et épurées. L’ensemble a dû être pensé pour s’inscrire dans son environnement atypique. C’est qu’on fait d’autant moins ce que l’on veut lorsqu’on se trouve sur un site aussi emblématique. L’immeuble a donc été conçu en « tranches ». Pas de gros bâtiment imposant donc, mais plusieurs blocs séparés entre lesquels il sera par exemple possible de faire pousser de la végétation en vue de limiter l’impact visuel depuis Frahan.

À ce jour, la moitié des biens mis en vente ont déjà trouvé acquéreur. Et disons qu’il faut en avoir les moyens. Comptez environ 600.000 euros pour les appartements de 182 m²… Ces premiers nouveaux habitants (surtout des personnes pensionnées qui s’offrent une résidence secondaire) devraient pouvoir intégrer les lieux en novembre, le temps que les finitions extérieures, en cours pour moment, soient terminées. L’hôtelier Michel Boreux et son épouse, propriétaires de l’Auberge de la ferme, un hôtel-restaurant très connu dans le coin, espèrent que les biens restants seront rapidement vendus. C’est que le couple, qui goûte aux joies de la promotion immobilière, a investi de 4 à 5 millions d’euros depuis le début du projet, sans compter l’achat et la destruction de l’ancien hôtel qui trônait encore sur place il y a dix ans. Et puis cela fait de nombreuses années que Michel Boreux a entamé les démarches, freiné tantôt par un feu rouge de l’urbanisme, tantôt par la plainte d’un riverain, tantôt encore par la crise de 2008.

« Au départ, j’avais un projet hôtelier, explique l’« aubergiste bâtisseur ». Nous avons racheté en 2003 l’hôtel “Le balcon en forêt”, qui avait dû fermer ses portes trois ans plus tôt. L’objectif était de le rénover. » Mais le projet ne passera pas le cap de la Région wallonne. « L’hôtel était trop délabré, précise Michel Boreux. Et puis ils nous ont expliqué que l’allure du projet que nous proposions avec un architecte ne convenait pas. Nous aurions dû passer par un Plan communal d’aménagement… C’était beaucoup trop lourd. »

Du côté de la Région, on proposera à notre hôtelier de se tourner plutôt vers une démolition totale de l’hôtel et de lancer un concours d’architectes pour sélectionner le projet qui s’adaptera au mieux aux exigences des lieux. « Nous nous sommes alors dirigés vers un projet résidentiel. » C’est au printemps 2006 que la proposition d’Emmanuel Lenders fut retenue. Deux ans plus tard, l’ancien hôtel était démoli. « Je n’ai pas osé commencer les travaux en 2008 à cause de la crise », explique Michel Boreux. Ce n’est qu’en 2012 que débutera le chantier. Des travaux audacieux, car l’endroit est difficile d’accès. Et c’est peu de l’écrire. Le site se situe à une hauteur de 10 à 30 mètres de la route en contrebas. Il a donc par exemple fallu utiliser des grues adaptées pour remonter le béton.

On comprend mieux pourquoi l’hôtelier pousse un « ouf » de soulagement aujourd’hui. Mais si Michel Boreux se réjouit de ce « beau projet hypermoderne, qui tire Rochehaut vers le haut », il ne peut s’empêcher d’avoir un fond d’amertume. « Au départ, moi, ce que je voulais, c’était rénover l’hôtel. Je suis hôtelier, pas promoteur immobilier. Mais j’ai dû m’adapter. En plus ici, c’est un “one shot”. Une fois que les appartements et les villas sont vendus, c’est fini pour moi. Et vu les prix, ça attire plutôt des personnes qui souhaitent s’offrir une résidence secondaire, donc qui ne vont pas rester à Rochehaut toute l’année… »

Au-delà de ces quelques regrets, cela reste néanmoins tout bénéfice pour l’aubergiste. Certains des acquéreurs étaient jusque-là des clients réguliers de son hôtel, charmés par l’endroit, et à qui il a fait visiter les appartements. « Mais je n’incite pas à acheter à tout prix, précise l’hôtelier. Ce n’est que si mes clients se montrent intéressés que je leur fais visiter les appartements. » Pas tous… Car l’homme s’en réserve un pour lui et sa famille. Figure emblématique de Rochehaut, Michel Boreux fait en tout cas encore un peu plus parler de lui avec ce projet, suscitant parfois – on l’imagine – convoitise, voie jalousie…

JÉRÉMIE LEMPEREUR

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