Pourquoi la carte papier tient encore la route face au GPS

Votre voiture vous emmènera sous peu vers votre lieu de vacances ? Prenez une carte routière, complément parfait et peu coûteux du guidage électronique.

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 5 min

À l’heure de prendre la route des vacances, qui dispose encore d’une carte papier dans sa voiture ? De moins en moins d’automobilistes, à en croire les chiffres des éditeurs spécialisés. Ainsi le Français Michelin, qui revendique 80 % du marché en Belgique, a-t-il constaté un recul de 50 % de ses ventes en dix ans. Quant au Belge De Rouck, deuxième acteur à l’échelle nationale, il écoule aujourd’hui 200.000 cartes pour particuliers chaque année, alors qu’il en était à deux millions en 2004, des chiffres à pondérer vu la progression de l’éditeur dans le secteur de la cartographie pour les professionnels.

Quelle est la cause de l’affaissement des routes imprimées sur papier ? Elle tient en un mot : GPS (Global Positioning System). Apparu à la toute fin des années 90 et en plein boom depuis 2004, le système de guidage par satellites s’est invité massivement dans les habitacles, d’abord sous forme de petits boîtiers autonomes, ensuite comme équipement intégré au tableau de bord des véhicules neufs. Aujourd’hui, grâce aux smartphones, eux aussi en plein essor, on a même un GPS au fond de la poche. Satisfaits de se faire mener à bon port par une voix électronique et un écran interactif, bon nombre de conducteurs ont, assez logiquement, boudé le rayon des cartes routières de leur libraire.

Le GPS, il faut le dire, multiplie les atouts : (quasi) zéro tracas pour les nuls en orientation, info trafic en temps réel pour esquiver les bouchons, options multiples d’itinéraires (le plus court, le plus rapide, sans payage, etc.), points d’intérêt pour dégoter rapido une station essence ou un resto… Et toutes ces informations vont s’enrichir grâce à l’avènement de l’internet mobile. Les propriétaires de véhicules haut de gamme – singulièrement la berline électrique Model S de l’Américain Tesla avec son gigantesque et somptueux panneau tactile incrusté dans le tableau de bord – peuvent déjà en témoigner.

Pourtant, la bonne vieille carte papier fait de la résistance. « Depuis deux à trois ans, nous constatons une stabilisation de nos ventes, se réjouit Paul Carril, directeur de la cartographie et des guides de tourismes de Michelin. Alors que nous perdions 5 à 10 % par an, cette chute s’est limitée à 2,5 % en 2013. Pour nous, c’est le signe d’un regain d’intérêt de l’automobiliste qui, après dix ans de tout électronique, retrouve les vertus du papier. »

Des vertus que même Gilles Cogneau, en charge de la communication belge de Garmin, acteur clé sur le marché de la navigation numérique, n’hésite pas à chanter, en chœur avec Michelin et De Rouck : « La carte imprimée reste un bon complément au GPS, même si ce dernier devient de plus précis et riche en informations ». Démonstration en six bonnes raisons.

Le plaisir. « Avant même de partir, la carte permet de se projeter dans ses vacances. On voyage rien qu’en glissant son doigt sur le papier, le long de son futur itinéraire, explique Paul Carril, chez Michelin. Parce qu’il permet une interaction avec le territoire à parcourir, la carte offre à l’automobiliste et ses passagers une immersion et une dimension affective inimaginables avec internet et le GPS. Avec le papier, on en vient à rêver et à retomber en enfance. » Alain Van Gelderem, administrateur délégué de De Rouck, résume : « Après le virtuel, les gens redécouvrent le plaisir de l’objet ».

La préparation. Parcourir une carte avant de partir permet aussi (et surtout) de préparer son voyage étalé sur des centaines de kilomètres. « Elle offre une vision d’ensemble pour s’organiser en amont, ce qui est impossible sur le petit écran d’un GPS », souligne Alain Van Gelderem. « Quand on voyage, ce n’est pas tant le point de départ et d’arrivée qui priment mais ce qu’il y a à découvrir durant le trajet », ajoute Paul Carril.

La conscience. Cette vue d’ensemble permet aussi de savoir en permanence où l’on se trouve et non plus d’être réduit à une petite icône sur un tracé numérique. « La carte nourrit notre intelligence et notre mémoire », estime Paul Carril. Combien ne sommes-nous pas à oublier où nous avons précisément pris nos différentes photos de vacances, faute d’avoir conscience du territoire exploré et de se l’être remémoré sur une carte, de retour à la maison ?

L’indépendance. Le GPS nous donne des instructions que nous suivons aveuglément, quitte à nous plonger dans les bouchons. « Avec la carte, on reprend son indépendance quand on le souhaite durant son périple », estime Paul Carril. « Et puis, en cas de panne de son GPS en cours de route, on dispose d’un outil alternatif », complète Alain Van Gelderem.

La richesse. Depuis bien longtemps, les cartes constituent bien plus que de simples outils pour arriver à bon port. Les éditeurs les ont enrichies en multipliant les infos pratiques et touristiques, ainsi qu’en soulignant les lieux qui valent le détour. Michelin a ainsi décidé de faire varier la taille des noms cartographiés en fonction de leur intérêt touristique. De quoi quitter de temps à autre l’autoroute pour découvrir les pépites du terroir.

L’économie. Un GPS coûte entre une cinquantaine d’euros (pour les modèles autonomes les plus basiques) et quelques milliers d’euros (pour l’option haut de gamme intégrée sur un véhicule neuf), sans compter les mises à jour, indispensables à effectuer tous les trois à quatre ans. Et ça fait mal au portefeuille. Petit exemple : chez BMW, la mise à jour du module GPS coûte 139 €. Et encore, il s’agit là d’un prix promotionnel. Une carte papier coûte quant à elle moins de 10 €, avec la promesse d’infos rafraîchies chaque année.

 

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