Selon un pédiatre, «qu’un parent écrase un bébé dans son sommeil est quasi-impossible»

Une étude américaine pointe la responsabilité du «co-dodo», le fait pour des parents de faire dormir leur bébé dans leur lit, dans les cas de mort subite du nourrisson. Jose Groswasser, médecin responsable de l’unité du sommeil à l’hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola, reste sceptique.

Selon une étude, 69 % des bébés décédés de morts subites de nourrissons partageaient le lit de leurs parents. Elle pointe ainsi le co-dodo comme facteur de risque majeur. Qu’en pensez-vous ?

Il n’a aucune nouveauté, si ce n’est la proportion des chiffres. Le « co-sleeping » - ou « co-dodo » - est étudié comme facteur de risque depuis plus de vingt ans. L’intérêt de cette publication est de permettre une comparaison entre classes d’âge. En l’occurrence, elle établit que le co-dodo est plus souvent associé aux décès des très jeunes nourrissons (jusqu’à trois mois). Pour en tirer davantage de conclusions, il faudrait pouvoir comparer les données à celles d’enfant non décédés. Mais, globalement, la proportion évoquée ne correspond pas à nos propres constats.

Le co-dodo est un facteur de risque, certes, mais il favorise aussi l’allaitement. Nous n’avons pas d’attitude rigide vis-à-vis de la pratique. Il faut simplement que les parents soient bien informés.

En quoi le co-dodo peut-il être dangereux, les parents risquent-ils d’étouffer l’enfant ?

Absolument pas. L’idée est communément répandue mais fausse. Ce type de scénario n’est susceptible de se produire que si le sommeil des parents est altéré par la prise de sédatifs (médicaments ou alcool), auquel cas il est exclu de pratiquer le co-dodo. Mais nous n’avons jamais relevé de cas de mort subite, où la mère aurait écrasé ou étouffé l’enfant par inadvertance. Au contraire, on s’est rendu compte que le fait de partager le lit aidait la stimulation entre l’enfant et la mère. Il y a beaucoup plus d’interactions entre les deux, la mère touchant beaucoup l’enfant, ce qui est un facteur de protection. Et plus généralement dans le monde, en Afrique notamment, mères et enfants partagent le lit, parfois jusqu’à l’âge de deux ans, sans qu’on constate de risque particulier.

Alors quel est le problème ?

Les nourrissons supportent mal l’excès de chaleur. Idéalement, ils devraient dormir dans un environnement de 18 à 20 degrés. Or la température corporelle est de 37 degrés. Le danger c’est la proximité de telles sources de chaleur. A cela s’ajoute la présence des couvertures et édredons, qui risquent d’empêcher l’enfant de respirer ou de lui tenir trop chaud. Enfin, le fait d'avoir fumé pendant la grossesse augmente le risque lié au co-dodo, sans que l'on comprenne actuellement par quel mécanisme.

N’a-t-on pas en Europe un discours trop culpabilisateur ? Ne tend-on pas à aseptiser la relation parent – enfant ?

Cela a été vrai. Il y a une vingtaine d’années, on aurait volontiers conseillé de faire dormir l’enfant dans une chambre séparée, dès la naissance. On a évolué et le discours est désormais modéré. Faire dormir dans la même chambre – pas le même lit – est même conseillé les six premiers mois.

Que représente la mort subite du nourrisson en Belgique ?

Depuis que les spécialistes ont identifié les facteurs de risque et que des campagnes de prévention ont été mises en place, le nombre de décès a chuté de 60 %. Aujourd’hui, en Belgique, on estime que la mort subite du nourrisson touche un bébé sur 2000. Il reste un facteur sur lequel nous pourrions jouer : le tabagisme pendant la grossesse, qui concerne environ 25 % des femmes et est un facteur de risque identifié.