Bouko et Thill, gendarmes intrépides

WALLONIE 14-18, LES CHEMINS DE LA MÉMOIRE Des héros de 1914, des monuments et des passionnés. Un tour de Wallonie entre passé et présent.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 3 min

T himister-Visé. Il n’y a pas loin entre ces deux étapes liégeoises. Le bocage du Pays de Herve, ses collines, ses haies et ses vaches, offrent peu de résistance. C’est déjà vrai le 4 août 1914 pour les troupes allemandes qui avancent à pas de géant vers les eaux de la Meuse, le fleuve stratégique.

De l’eau, il en est aussi beaucoup question ce jour-là pour Marc Poelmans. Sous la drache nationale, notre témoin nous attend stoïquement devant le monument visétois consacré à Auguste Bouko et Jean-Pierre Thill, sur la place Reine Astrid. Pour la photo, c’est loupé, il faudra revenir.

Notre interlocuteur est un spécialiste des très riches traditions locales et de l’histoire de Visé. Il se qualifie d’« amateur passionné », on confirme. Ce monument à Bouko et Thill, mine de rien, c’est un peu le sien.

Les deux hommes auxquels le petit édifice de pierre rend hommage étaient tous deux maréchal des logis de première classe à la gendarmerie. Jean-Pierre Thill avait 31 ans en 1914 et Auguste Bouko 51 ; ils étaient affectés à la brigade de Gemmenich.

« Le soldat Fonck a été tué à Thimister vers 11 heures et ces deux gendarmes vers 12 h 30, aux environs du collège Saint-Adelin. Ce sont les premiers gendarmes belges victimes du conflit, raconte Marc Poelmans. Ils avaient repéré des troupes allemandes dans la région au début de cette journée du 4 août. Ils les ont suivis discrètement dans l’espoir d’obtenir des renseignements. »

La petite troupe de gendarmes était composée de cinq hommes : Noerdinger, Peiffer et Boulanger accompagnaient Bouko et Thill. « Ce n’était évidemment pas une unité de combat, mais de simples policiers, explique encore notre historien local. Il faut les imaginer sur leurs vélos, coiffés d’un bonnet à poil et équipés de dérisoires carabines à un coup. Ils sont arrivés à Visé par la rue de Moulan. Ils étaient courageux. Ils étaient prêts à faire le coup de feu si les circonstances l’imposaient. »

Ce fut le cas. Bouko est abattu très rapidement. Ses amis se réfugient dans les buissons. Thill reçoit une balle dans la gorge, les trois autres sont blessés. « On racontait que le sang de Thill maculait les murs parce qu’il avait été touché à la carotide, souligne Marc Poelmans. L’armée allemande était suréquipée. Elle avait progressé à une vitesse folle : 30.000 hommes ont transité par Visé. Les gendarmes étaient à un contre cent. Leur attitude fut un mélange d’héroïsme, de patriotisme et de folie. Ils n’avaient aucun ordre formel pour agir de la sorte. »

Un monument tout neuf

A Visé, première ville martyre, il reste peu de traces de ces journées de début août 1914 : la ville a été rasée puis reconstruite après le conflit. Au moment de dresser le bilan de ces heures sanglantes, les autorités locales et les habitants ont voulu rendre hommage à Bouko et Thill. Dès 1920, on leur construit donc un beau monument au cœur de la cité.

Mais les Allemands sont de retour un peu plus de vingt ans après leur départ. En 1942, ils rasent tout simplement les traces de l’attitude héroïque des deux gendarmes liégeois.

« En 1946, Visé s’est contentée de placer une simple plaque métallique à l’endroit où le monument se trouvait avant la guerre », déplore Marc Poelmans, qui a décidé de prendre les choses en mains en vue du centenaire de la Grande Guerre.

« J’ai eu l’idée de restituer le monument de 1920 à l’identique, sur base de photos, explique-t-il. Un budget de 3.500 euros a été nécessaire, la Région et la Ville ainsi que quelques donateurs ont rendu la chose possible. » Début juillet, le souvenir de Bouko et Thill s’inscrivait à nouveau dans le paysage local.

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