La Poudrière de Bruxelles fait exploser la curiosité d’Angelo

Passa Porta, c’est la Maison internationale des littératures de Bruxelles. Elle invite des écrivains étrangers en résidence. Angelo Mastrandrea a passé plusieurs semaines chez nous, pour écrire un livre sur la communauté bruxelloise de la Poudrière. Comme elle le dit elle-même sur son site, la Poudrière, c’est une « communauté de vie autogérée cherchant à expérimenter une alternative au capitalisme et à l’individualisme, où l’humain redevient priorité ». Vous avez peut-être déjà fait appel à elle : ils font des déménagements et récupèrent les surplus de vos greniers ou caves. Leur truc, c’est de vivre ensemble et de tout partager. Pas de propriété privée, pas d’individualisme.

Deux oblats, les Pères Aimé et Léon, sont envoyés au Coin du Diable, un quartier déshérité de Bruxelles, en 1958. Avec un couple chrétien et leurs enfants, ils fondent la Poudrière, ils accueillent des miséreux, tous travaillent et mettent tout en commun. Aujourd’hui, ils sont encore une soixantaine dans la communauté. Installés à Bruxelles, mais avec deux magasins, à Péruwelz et à Anderlecht.

« C’est Riccardo Petrella, l’économiste de l’UCL, l’initiateur de l’Université du Bien Commun, qui m’a parlé de la Poudrière, raconte Angelo Mastrandrea. Il me disait que dans cette communauté précisément, ils ne voyaient pas la crise, parce qu’ils ont un autre modèle de vie. Au début la Poudrière a été fondée pour des motivations religieuses, puis, vers les années 60-70, certaines l’ont rejointe pour des raisons politiques, et maintenant pour des causes économiques. »

Ce journaliste italien, qui travaille pour Il Manifesto, ainsi que pour Le Monde diplomatique et XXI, écrit aussi des livres. Mais pas vraiment des romans. Plutôt du journalisme narratif, comme dans Il paese del sole, son précédent ouvrage. « C’est une façon de raconter les choses qu’avaient les grands narrateurs comme London, Hemingway, Garcia Marquez, Kessel. L’idée est de raconter la vérité. Pour moi, c’est un moyen de surmonter la crise actuelle du journalisme. »

Du journalisme roman en quelque sorte. Et pour ça, il faut un personnage principal. Mastrandrea suit l’itinéraire d’un Italien qui s’y est engagé pour des raisons politiques en 1969. Il voulait aller à Cuba mais ce ne fut pas possible, alors il a fait l’expérience de la Poudrière. Il y a rencontré une fille qui était là pour la même raison. Ils sont restés.

La vie des gens

« Ce qui est intéressant, c’est que cet Italien a changé les choses dans cette communauté. Il s’est marié avec la fille. Mais pas à l’église. Ce qui a soulevé une grande discussion dans la communauté : pouvaient-ils rester malgré leur mariage hors sacrements ? La communauté a voté pour. Aujourd’hui, la moitié des gens sont catholiques, mais il y a aussi des laïques et des musulmans. »

Mais pourquoi un livre sur la Poudrière ? « Ce qui m’intéresse surtout, répond Angelo Mastrandrea, c’est la parabole de la vie des gens, c’est comment elle évolue. J’approfondis le personnage de cet Italien, qui a vécu à l’époque de la contestation politique, avec une forte cohésion éthique. »

Retourné en Italie, Angelo va écrire son livre, après avoir glané toutes les infos. Publication prévue au printemps 2015. Traduction en français ? « Je l’espère », dit-il tout sourire.