Sébastien Courtoy, l’avocat controversé de Nemmouche

Le jour de l’arrestation de Mehdi Nemmouche à Marseille, une certitude se répandit dans le palais de justice de Bruxelles : « Ce sera un nouveau client pour Sébastien Courtoy ! », assuraient des avocats, constatant que la clientèle des djihadistes échouait souvent dans les filets du pénaliste bruxellois. Ils avaient raison. Ce grand échalas hante les salles d’audiences où se tiennent les procès « terrorisme ». Il n’est pas rare qu’au cours d’un même procès, il en défende plusieurs. Parfois sans le savoir. Un jour, un inculpé, fraîchement arrivé du Kenya d’où il avait été extradé, fut interrogé par le président : «  Vous avez un avocat ? » Le bougre lui répondit : «  Oui, mais je ne sais pas qui c’est. » « Ne serait-ce pas maître Courtoy, ici présent ? », reprit le président. « Oui, c’est ce nom », reprit l’inculpé, à la grande (enfin…) surprise de Me Courtoy, visiblement satisfait de se voir, sans l’avoir su, honoré de la confiance d’un nouveau djihadiste.

Le terrorisme, c’est son terrain de prédilection. Le robin navigue comme une anguille dans les arcanes de la loi réprimant l’appartenance ou le soutien à des organisations terroristes. Il plaide le droit avec brio, souvent sans notes. Mais son sceau de fabrique, ce sont ces réflexions quasi politiques dont il émaille ses interventions à forte voix, à la plus grande satisfaction d’inculpés, le plus souvent incapables de justifier idéologiquement leurs dérives. « Mon client est en Syrie où, avec le soutien de l’ONU, il mène des opérations terroristes ! », tonna-t-il un jour. Pour d’autres, il porta plainte contre le Premier ministre Netanyahou et des officiels israéliens pour crimes de guerre, leur souhaitant de connaître les geôles belges.

Sébastien Courtoy et Henri Laquay, les deux avocats en Belgique de Dieudonné, faisant ensemble la quenelle.

Courtoy est féroce. Son seul souci est de gagner. Même s’il faut flirter avec les limites de la bienséance ou de la déontologie, comme le lui reprochent certains confrères ou magistrats. L’avocat, en principe, n’épouse pas la cause de ses clients. Sébastien Courtoy en est parfois très proche. Trop proche, diront d’aucuns. Avocat de Dieudonné, il a été fait Quenelle d’Or par l’humoriste antisémite. Non sans donner de lui-même. Comme lorsqu’il fit publiquement le reproche au parquet de Bruxelles d’avoir désigné une substitute affectée d’une origine juive pour une enquête ouverte sur Dieudonné. Ou lorsqu’il parla de « la communauté d’intouchables » pour désigner la juive. Ou encore lorsqu’il transforma sciemment en audience le nom d’Abramowicz (Resistances.be) en AbraHAmowicz pour faire peser sur son adversaire le poids de ses origines.

Me Courtoy n’a cure des accusations d’antisémitisme qui sont proférées à son encontre. Les complotistes de tous poils, comme Laurent Louis, ou l’extrême droite l’adorent. Il promet du spectacle à chacun de leurs procès. Avec Nemmouche, c’est garanti. Son public sera au rendez-vous.