Nuit insolite en Belgique: dans un wagon à quai Station Racour

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Jo et Hilde Uytterhoeven ont intégré inconsciemment la maxime de Mark Twain, l’auteur de Tom Sawyer. En vingt-six ans, ils ont (littéralement) remis sur rail une ancienne gare, l’ont transformée en partie en gîte de cinq personnes et converti deux wagons de 1958 en gîtes pouvant accueillir six personnes chacun. « Je ne me suis jamais demandé si c’était possible de faire tout ce qu’on a fait. Sinon tu ne fais jamais rien. On l’a fait, c’est tout », explique tout simplement Jo.

Des rails d’origine disparus et revenus

Quand le couple venu de Gand rachète en 1988 l’ancienne gare de Racour typique de l’architecture ferroviaire du début du siècle, ils commencent par la restaurer à l’identique sur base des archives et plans d’époque retrouvés à Namur. Le quai qui donne encore sur les rails d’origine leur servira de terrasse.

Une partie du terrain (situé sur la frontière linguistique, à Landen, en Hesbaye brabançonne) appartient toujours à la société des chemins de fer, alors que la ligne est hors service depuis belle lurette. Dans les années 90, la SNCB revend les rails à un ferrailleur. C’est la mort dans l’âme que les propriétaires de la gare les voient partir : « C’est comme si tu achetais un moulin et qu’on t’enlève la rivière », résume Jo. Très vite, il se met à rêver de retrouver la voie ferrée perdue.

Après l’ouverture du gîte de cinq personnes installé dans l’atelier de la gare attenant, le couple fait une demande auprès de l’urbanisme pour réinstaller rails, ballast et billes. « C’était surtout pour les fixer, plus encore que pour les acheminer, que c’était difficile, se rappelle Jo Uytterhoeven. J’ai un copain qui travaille aux chemins de fer et m’a mis en contact avec des gens de Waremme et de Liège. Un cheminot qui est chef de chantier m’a dit  : Tu es fou mais je vais t’aider ».

Deux wagons transformés en gîtes

Les deux cents mètres de rails de récup mis en place, Jo et Hilde n’en restent pas là. Ils imaginent de racheter des wagons pour les transformer en gîte. A Schaerbeek-Formations où il lui arrive souvent de se promener, Jo apprend que deux wagons M2 de 1958 sont mis en vente. « Sur la facture, il était mis « 90 tonnes de ferraille ». J’ai alors appelé mon épouse et je lui ai dit  : « Bravo, vous êtes propriétaire de 90 tonnes de ferraille », s’amuse encore Jo.

Mais avant que les 12 mètres de wagons ne deviennent deux gîtes de 61 m2, il a fallu les acheminer jusque là, les sabler, les repeindre à l’identique, les isoler, les équiper, les mettre aux normes, y amener l’eau courante, l’électricité et le chauffage, remettre de nouvelles fenêtres... Un travail de titan que Jo et Hilde ont accompli quasi tout seuls.

Le plus épique était sans doute de les faire venir de Schaerbeek à Racour. Une vidéo montre que ce n’était pas chose aisée...

Souci du détail

Les propriétaires de la gare, qui a été classée entre-temps à leur demande, ont le sens du détail. Ils glanent ici et là képis, uniformes, banquettes, signaux de signalisation, trains miniature... On leur en offre aussi. Même la clôture qui borde le Ravel attenant est typique du chemin de fer belge et a été voulue comme telle. « On appelle ça les panneaux de Henry Van de Velde, l’auteur du célèbre « B », le logo des chemins de fer belges. La SNCB a une fabrique de béton qui a encore les moules pour faire ça. Ils les ont refait spécialement pour nous. Mais j’ai aussi dû demander un permis d’urbanisme », raconte Jo Uytterhoeven.

A contempler les wagons qui semblent avoir été là de tout temps, le jardin de 1ha30 où transitaient autrefois passagers et marchandises, l’ancienne gare restaurée à l’identique, les rails revenus ou la clôture recréée, on se demande ce qui aurait été le plus incroyable : avoir fait tout ça dans le respect de l’âme de l’endroit ou non. « Je ne suis pas fou de trains, c’est de ce lieu que je suis fou », tranche Jo Uytterhoeven dans un sourire malicieux. Le mot « impossible » ne fait en tout cas pas partie de son vocabulaire.

Ce petit coin de paradis au coeur de la Hesbaye brabançonne est aussi un excellent point de chute pour des balades. Et on y dort mieux que dans un train-couchette : on ne risque pas d’être secoué dans un wagon à quai pour toujours.

Infos et réservations : stationracour.be/ ou sur la page Facebook de Station Racour