Une course effrénée au recrutement

L’inquiétant bataillon Azov joue les supplétifs des forces de Kiev. Les séparatistes acceptent des adolescents, des femmes ou des combattants étrangers. Chaque camp est hanté par la loi du nombre.

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DONETSK

Fief des séparatistes, Donetsk est désormais encerclé par les forces loyales à Kiev. La mobilisation de combattants pour défendre la ville prend une tournure urgente pour les séparatistes. L’anneau formé par l’armée ukrainienne se resserre de jour en jour autour de cette ville d’un million d’habitants. Les renforts de combattants venus de Russie se sont taris depuis l’offensive ukrainienne de la semaine dernière, et les pertes humaines – dont le chiffre est tenu secret – doivent être compensées. Face au manque de bras, les différentes formations armées défendant la « République Populaire de Donetsk » (RPD) recrutent par les méthodes les plus diverses. Des femmes combattantes, des étrangers, des religieux, des hommes plus ou moins forcés, et même des enfants.

Car les habitants de Donetsk sont loin d’être tous prêts à mourir pour défendre la RPD. Entre 30 et 60 % de la population a fui la ville, selon diverses estimations. Restent principalement ceux qui n’ont pas assez d’argent pour partir, ou veulent conserver leur travail. Les hommes en âge de combattre qui ne se sont pas déjà engagés chez les séparatistes rasent les murs et craignent d’être enrôlés de force.

«  Nous acceptons tous ceux qui viennent nous voir avec le désir de défendre leur patrie », explique Sergueï Mozg, l’un des dirigeants de la « Brigade Vostok » – lire ci-contre. Il assure n’avoir jamais enrôlé de force, mais d’autres formations séparatistes ont la réputation de détenir des hommes qu’ils forcent à construire des fortifications, creuser des tranchées autour de la ville. Le Soir a pu vérifier que plusieurs adolescents ont été entraînés par la Brigade au maniement d’armes de guerre, en particulier au tir à la Kalachnikov. Un volontaire de « Vostok » a confirmé la présence d’adolescents dans la brigade. « Andreï a 15 ans. Il porte en effet une Kalachnikov », indique l’homme, qui préfère taire son nom.

Anciennement connue comme « bataillon Vostok », cette formation de combat dirigée par l’ancien patron régional du commando d’élite ukrainien « Alfa » Alexandre Khodakovski, s’est déjà illustrée fin mai lors de la bataille autour de l’aéroport de Donetsk. Elle avait perdu une trentaine d’hommes. Aujourd’hui, « Vostok » compte 1.200 combattants, selon Mozg, dont une partie non négligeable vient de Russie. « Nous avons aussi parmi nous des Occidentaux, en ce moment  des Espagnols. Nous avons aussi eu des Belges, des Canadiens, des Italiens, des Cubains et des Vénézuéliens durant la première rotation en juin », détaille-t-il en refusant de donner des chiffres précis.

Le souci de lever des combattants est également prioritaire du côté de Kiev. La menace d’une intervention russe et le désir d’étouffer l’insurrection avant l’hiver poussent le gouvernement à mobiliser massivement, dans l’idée qu’un écrasant avantage numéraire hâtera la victoire. Le Parlement ukrainien a voté le 22 juillet dernier une loi de mobilisation partielle visant à former 15 unités militaires supplémentaires. Selon Andriï Paroubiï, qui dirige le Conseil National pour la Sécurité et la Défense, la Russie a amassé 40.000 soldats et 150 chars à la frontière avec l’Ukraine. Kiev dénonce des bombardements de l’artillerie russe sur les positions ukrainiennes chargées de contrôler la frontière, ainsi que des incursions illégales de l’aviation militaire russe dans son espace aérien. Les forces séparatistes totaliseraient 15.000 hommes, selon le ministre de la Défense ukrainien Valeri Gueleteï. Les forces loyales à Kiev atteignent les 40.000 hommes officiellement.

Si l’armée régulière ne recrute que des réservistes ou des hommes ayant récemment effectué leur service militaire, il existe de nombreuses formations paramilitaires recrutant des « volontaires » sur des critères beaucoup plus lâches. C’est le cas des nombreux « bataillons » formés sur la base d’organisations politiques souvent d’orientation nationaliste (le bataillon « Azov ») et le plus souvent financés par de puissants hommes d’affaires (ou oligarques) souhaitant redorer leur blason aux yeux de la population en œuvrant pour la « défense de la patrie ». Tous ces bataillons sont soumis au commandement du ministre de l’Intérieur ukrainien. Mais chacun d’entre eux a en pratique sa propre politique de recrutement.

Ainsi, le bataillon « Azov » recrute parmi les ultranationalistes de tout poil, y compris étrangers. La responsabilité du financement de ce bataillon a par exemple été confiée à un ancien parachutiste français, Gaston Besson. Paradoxalement, on trouve même un nationaliste russe, Artem Zokhan, «  en lutte contre Poutine, l’ennemi des Russes », venu défendre « un peuple frère ».

 

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