Kraftwerk, des robots après tout

Officiellement, Kraftwerk ne s’est jamais séparé. Mais dans les faits, le groupe n’est que sporadiquement en activité. C’est ainsi que les Allemands font partie de ces groupes ni réellement vivants ni tout à fait morts, qui sont réactivés tous les x temps au bon gré de leur leader.

Ainsi Kraftwerk est une référence d’un autre temps, dont on parle avec respect, mais toujours au passé. Le présent étant une exception. Kraftwerk en concert ? Ça sonne de la même manière que l’annonce d’une reformation ! De fait, si on y regarde de plus près, le line-up classique est depuis longtemps séparé et Ralf Hütter est aujourd’hui l’unique rescapé du binôme originel ; le dernier album du groupe date de 2003 – et encore, il s’agissait de la version long format et retravaillée d’un single paru en… 1983 – et son prédécesseur de 1986 ; les concerts sont rares – en moyenne une tournée tous les dix ans et quelques apparitions ici ou là.

Se pose alors la question : que font ces gens de leurs journées ? Réponse de Ralf Hütter : « Je me lève le matin, je me lave les dents, je vais au studio, je travaille, je rentre à la maison, je mange, je dors. » Et si rien n’est dévoilé de ce travail pendant des années, c’est que ces gens sont du genre perfectionniste… et que personne (aucun label, aucun « supérieur hiérarchique ») n’est là pour les pousser à accélérer le mouvement. Une autre raison de ce rythme de semi-retraités (à 60 ans passés, on ne peut leur en vouloir), c’est que Kraftwerk, en tant que pionnier de la musique électronique, est dépendant de la technologie. « La situation technique nous a causé de nombreux problèmes, on pouvait difficilement jouer en concert. D’ailleurs, durant les années 1980, nous n’avons pas du tout joué en live. »

Des concerts en 3D

Les réactivations du groupe suivent donc les évolutions technologiques. En 1991, Kraftwerk sort The mix, une compilation de remix qui équivaut à leur passage de l’analogique au digital. En 2004, ils se lancent dans une tournée mondiale où, révolution, ils ne doivent plus transporter dix camions de matériel, mais peuvent se contenter de leurs laptops. En 2009, leur catalogue est réédité aux normes sonores actuelles. Et dans la foulée, Ralf Hütter a une idée… En effet, depuis quelques années, « la technologie a atteint nos standards ».

Les derniers concerts du groupe se sont ainsi déroulés… en 3D. L’idée n’est finalement pas surprenante pour des gens qui ont toujours proclamé vouloir faire la jonction entre l’homme et la technique, le fameux concept du Man-Machine. Kraftwerk en concert a toujours été une expérience audio et visuelle. Les écrans sur lesquels on voit le groupe muter en robots prennent aujourd’hui forme et vie, permettant au groupe de mettre en œuvre son idée de départ : s’effacer totalement derrière l’entité que représente Kraftwerk.

On l’a vu, à partir d’un moment, la notion de groupe même tend à s’effacer pour devenir quelque chose comme une marque reconnaissable : un nom, un son, une idée qui y est attachée. Tout cela perdure après la disparition de ses membres. Récemment, Michael Jackson a été ressuscité en images de synthèse. Et on peut parier que dans quelques années, on pourra bientôt vivre des concerts d’Elvis, des Doors ou de Jimi Hendrix comme à la grande époque, mais en images de synthèse. La reformation ultime, en quelque sorte. Ce à quoi Kraftwerk nous prépare depuis toutes ces années.