L’effet «Terroir» des barriques et le champagne Giraud

Au cœur de la forêt d’Argonne, forêt martyre de la Grande Guerre, Claude Giraud et l’ONF (le plus vieux corps d’état français) ont délimité trois zones de coupes pour des chênes indigènes. Le viticulteur s’est alors adressé à deux mérandiers, et à deux tonneliers, un local et un bourguignon. Tout cela afin de tester les bois locaux, de trouver leurs caractéristiques locales originelles et originales. Le résultat est tout simplement époustouflant. Il ne s’agit pas de nuances, mais carrément d’un impact incroyable.

Le test a porté sur un marc (soit 4000 kilos de raisins en Champagne). C’est tout simplement hallucinant, les vins sont pour certains sur la rondeur et le gras, pour d’autres sur la vivacité et la tension. Comme quoi, l’effet terroir du bois est indéniable, et même plus que cela, puisqu’il change profondément la nature du vin. Certes, tout le travail du vinificateur sera d’assembler les barriques pour, quelque part gommer les pics et les imperfections tout en restant fidèle au style de la maison, mais il y a de quoi se poser quelques questions.

Surtout pour les vignobles hors des régions de production des chênes, c’est-à-dire presque tous, lorsque l’on vient nous rabattre les oreilles à coup de « terroir ».

C’est que le raisin a des caractéristiques fondamentalement différentes d’un endroit à un autre, d’une méthode culturale à une autre, en fait d’un viticulteur à un autre ; c’est une évidence, mais l’effet lissant des barriques n’est-il pas une atteinte à ces caractéristiques lorsqu’il s’agit de barriques issues de chênes venant de lointains horizons ? C’est une question que l’on est en droit de se poser hein…

Allez, en attendant, dégustation des champagnes d’Henri Giraud et extase, parce qu’ici, le bois est local, donc on peut parler de terroir à son aise. Parfois, au détour d’une table, au coin d’un verre, même s’il est bien rond, les parfums, les arômes, les saveurs, la texture d’un vin peuvent provoquer une crise de plaisir aiguë. C’est le cas aujourd’hui, et qu’importe le prix, pourvu que l’on ait le bonheur, et un peu d’ivresse (sur Semois).

Plus d’infos au 0486 30 60 39, Mlle Atlas.

Henri Giraud « Hommage » Pinot Noir, Chardonnay, Aÿ Grand Cru, Champagne, 15/20

Pour une cuvée presque de base, c’est une belle cuvée. C’est tout en finesse, en délicatesse, la bulle est fine. Le pinot est rond, bien riche, il confère à la cuvée de la puissance et une belle structure. Le chardonnay apporte sa finesse, sa fraîcheur. C’est moyennement long, plutôt bien équilibré, avec une jolie fin de bouche bien construite sur l’acidité. A boire dans les deux ou trois ans pour bien commencer la journée.

Henri Giraud « Fût de Chêne » N.V. Pinot Noir, Chardonnay, Aÿ Grand Cru, Champagne, 17/20

L’assemblage de plusieurs millésimes autour du 2005 est une très belle bête. C’est racé, élégant, avec une finesse étonnante. On est dans le gras, dans le rond, mais avec une touche de clââââââsse en bouche qui est plutôt vraiment exceptionnelle. J’adore le nez beurré léger, avec son côté noisette, et surtout, surtout, que le bois ne soit pas marqué, ni dominant, il est juste là pour souligner les caractéristiques des cépages. A boire dans les trois à cinq ans pour accompagner un grand moment, ou, à défaut, un poulet de Bresse rôti.

Henri Giraud « Argonne 2002 » Pinot Noir, Chardonnay, Aÿ Grand Cru, Champagne, 19/20

Comment vous dire ? Juste de la bombe, même si en ces temps troublés, ce genre d’adjectif pourrait m’offrir des vacances longues sur la côte cubaine. Mais je maintiens, c’est énorme. La maison travaille des bois d’origines locales, des forêts de l’Argonne. Le bois est parfaitement intégré dans le vin, il souligne la fraîcheur du chardonnay et le gras du pinot noir. C’est profond, étonnant de densité, avec des arômes de pain grillé, de biscuit, qui pourraient faire penser à des vins évolués, mais en bouche c’est d’une jeunesse étonnante. Un vrai vin de garde à ne pas mettre dans toutes les mains. A boire dans les cinq ans au minimum pour accompagner une belle côte de veau rôtie en cocotte.