Le pôle ornithologique Aves veut empêcher la disparition de nos oiseaux des champs

À chaque bruant proyer qui disparaît, c’est notre patrimoine culturel et naturel qui s’envole. En Wallonie, les populations de cet oiseau des champs ont chuté de 90 % en moins de 25 ans. La cause de ce déclin sévère ? Les changements dans les pratiques agricoles et leur intensification. Aves, le pôle ornithologique de Natagora, veut tenter de sauver cet oiseau emblématique.

« Il y a moins de 100 ans, on en comptait 50 fois plus »

L’association environnementale propose deux solutions. « Nous souhaitons maintenir des parcelles de froment sur pieds durant l’hiver pour que les bruants puissent se nourrir de graines ainsi que laisser des bandes céréalières ou herbeuses en période estivale. Cela permettra aux parents d’être capables d’alimenter leurs poussins avec des insectes, riches en protéines », explique Thierry Ory, ornithologue chez Aves.

Il est grand temps d’agir, car des bruants, il n’en reste presque plus. « Aux Pays-Bas, il est déjà considéré comme une rareté. La Belgique se situe désormais à la limite Nord de son aire de distribution », précise le docteur René-Marie Lafontaine, chercheur en biologie de la conservation à l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique. « Il y a moins de 100 ans, on comptait 50 fois plus de bruants proyers dans notre pays qu’actuellement. Les effectifs sont en chute libre. »

Ce déclin, selon le professeur Marc Dufrêne, spécialiste de la biodiversité wallonne aux facultés agronomiques de Gembloux (ULg), « c’est un indicateur de notre incapacité à gérer les zones agricoles ».

La faim emporte les bruants proyers

En l’espace de quelques années, les techniques agricoles ont fondamentalement changé. « Jusqu’il y a 30 ou 40 ans, les résidus de moissons étaient laissés sur le champ avant d’être retournés en terre à la sortie de l’hiver. Les oiseaux granivores trouvaient dès lors de quoi s’alimenter jusqu’au printemps », ajoute le docteur Lafontaine. « Désormais, l’automne et l’hiver sont synonymes de disette. En effet, une fois les céréales récoltées, les champs sont rapidement ensemencés d’engrais verts, comme la moutarde. Or ces graines germent directement, ne laissant aucune nourriture au bruant. »

C’est donc la faim qui emporte les bruants proyers, tout comme les autres oiseaux des champs granivores. La linotte mélodieuse est l’un d’eux. André Burnel, ornithologue chez Aves, a pu en constater le déclin sur le terrain. «  Il y a quelques années, aux Awirs en province de Liège, j’en baguais entre 400 et 800 par an. En revanche, en 2014, je n’ai bagué que 32 linottes mélodieuses. »

Commentant ce déclin de biodiversité, le docteur Lafontaine conclut « Les oiseaux des champs sont comme des tableaux de maître : ils sont irremplaçables ».