Aux musulmans d’éradiquer l’État islamique

Treize ans de lutte apparemment acharnée contre Al-Qaïda pour finalement se retrouver avec l’Etat islamique sur les bras : bravo, les services de renseignements occidentaux !

Il faut, c’est certain, se garder de tout raccourci, de tout simplisme. Il est évident, cependant, que le développement de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) est lié aux erreurs des dirigeants occidentaux en Syrie, à leur faiblesse, à leur court-termisme – à leur inaction. Répétons-le : si seulement ils avaient armé les démocrates syriens, aux premières heures de leur révolution, alors qu’il en était encore temps…

Tandis que les Occidentaux ergotaient, d’autres agissaient. Car enfin, l’EIIL a bien été soutenu, financé, armé par quelques bienfaiteurs, sans doute trop heureux de contribuer à l’exaltation d’Allah, mais davantage encore à l’affaiblissement du croissant chiite Téhéran-Bagdad-Damas-Hezbollah, puis à la vengeance des sunnites d’Irak ! Ces parrains devaient même être très généreux, si l’on en juge par les progrès militaires que l’EIIL a enregistrés sur le terrain au début de l’été.

Bien des experts l’affirment : il ne s’agit pas d’incriminer nos bons alliés sunnites d’Arabie saoudite, du Qatar ou du Golfe en général. Les pétrodollars de l’EIIL seraient bien partis de cette partie-là du monde, mais non pas des caisses officielles, plutôt de comptes privés. Hypocrisie ! Dans ces Etats policiers, tout se sait – et tout se tait. « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis… »

Aujourd’hui, alors que sèche à peine le sang de notre confrère James Foley, et alors que la monstruosité du projet de l’Etat islamique a explosé au grand jour, il ne faudrait pas que nos bons alliés sunnites s’en lavent discrètement les mains. C’est avant tout à eux de défaire ce qu’ils ont fait. Ils doivent stopper tous les flux d’aide, évidemment, donner de la voix, et mobiliser leurs opinions publiques sinon leurs armées.

Il y va aussi, au demeurant, de la réputation de leur religion. Tous les musulmans devraient descendre dans la rue pour crier que l’Etat islamique n’est pas l’islam…

Mercredi, un ministre allemand s’en était pris au Qatar pour ses liens avec l’Etat islamique. Dans un communiqué diffusé hier, le ministère des Affaires étrangères du riche petit émirat a condamné la décapitation de James Foley, un « crime ignoble (…) contraire aux principes de l’islam ».

Il en faudrait assurément plus pour convaincre que nul responsable sunnite n’est, quelque part, en train de se réjouir dans sa barbe.