«Jimmy’s Hall»: Ken Loach défend toujours la liberté de penser

C’est peut-être son dernier film, ou pas. Même mineur, il reste à son image : subversif. On y chante, on y danse, en signe de liberté.

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

Lauréat de la Palme d’or en 2006 avec Le vent se lève, Ken Loach était à nouveau en compétition à Cannes en mai dernier avec Jimmy’s Hall, une histoire irlandaise, celle de l’agitateur socialiste Jimmy Gralton.

« Avec un film, on ajoute au bruit général », déclarait le cinéaste britannique en conférence de presse. Est-ce pour cette raison qu’il avait annoncé que Jimmy’s Hall serait son dernier film avant de laisser planer le doute avec un « C’est difficile d’arrêter complètement. On verra à l’automne, j’aurai peut-être envie de faire un petit film… » 

Ce que le cinéaste engagé voulait dire avant tout, c’est que « c’est le pouvoir et l’argent qui dominent tout, même le monde du cinéma. » Lui fait de la résistance à sa manière. Dans le fond comme dans la forme. Exemple : défenseur des technologies traditionnelles, il a tourné son film en 35 mm alors que le cinéma, qui aurait pu faire cohabiter les deux systèmes, bascule au tout numérique. « Il n’y a plus qu’une salle à Londres qui utilise encore ce système et nous permet de regarder nos rushes. Tout ce qui permet de tourner un film à l’ancienne disparaît… Avec le film 35 mm, qui doit être coupé, on accorde plus d’attention à ce que l’on fait, c’est une coopération beaucoup plus humaine. Le 35 mm, ça se touche, ça se voit. Pour commander de nouvelles bandes, c’était très coûteux, on a donc demandé à des monteurs s’ils avaient quelque chose dans leur garage, les gens de Pixar en ont retrouvé ! »

Tous sous la poigne du néolibéralisme

Voilà pour le support. Pour le fond, Ken Loach aime dire que : « Les films sont là pour poser des questions, être subversifs, créer du désordre. » Dans son film, un élément-clé : le dancing, lieu de rassemblement où chacun vient s’exprimer par le chant, la danse, la poésie, le sport. Du coup, ce lieu est également diabolisé. Ken Loach en a fait un symbole dans son film. « Il a été reconstruit entièrement et ensuite il a fallu le détruire car il disparaît dans un incendie. Les gens peuvent s’y exprimer librement par le truchement du sport car Jimmy essaie de soutenir les pauvres. C’est un endroit sûr qui représente la liberté de penser ! »

Dans le cinéma européen, Ken Loach est un des grands maîtres du cinéma engagé. Il déclare : « On essaie toujours d’écarter les dissidents. En Europe, on est très dans la voix unique. Or il faut donner de la place aux dissidents, c’est essentiel. » Il poursuit : « Je crois que la situation en Irlande est la même que pour bien d’autres pays européens, nous sommes tous sous la poigne du néolibéralisme et, s’il vivait de nos jours, Jimmy s’attaquerait aux grandes puissances, aux multinationales qui contrôlent pratiquement tout. C’est là que la lutte doit se faire. Je crois que si Jimmy existait, il ferait partie de ce combat. Il y a un point commun entre les époques, c’est la joie de vivre des jeunes de cette région d’Irlande, des jeunes qui ont un élan pour la vie et j’espère que l’on retrouve ça dans le film. »

C’est justement sur ce point qu’on trouve le film de Ken Loach faible. Si intellectuellement, on ressent à 200 % l’élan pour la vie, cette fois, la mise en scène de Ken Loach ne réussit pas à le traduire viscéralement, émotionnellement. Cela n’empêche pas la pertinence du propos défendu dans le film. Car comme le dit son scénariste et complice de 13 films, Paul Laverty : « Beaucoup de gens ressemblent à Jimmy Gralton, des personnes qui essaient d’établir des ponts entre les hommes. Ce film rend hommage aux gens modestes, qui insufflent de l’énergie à leur village. » D’ailleurs, Ken Loach a toujours aimé mettre en scène des gens de la classe ouvrière car « même les conducteurs de locomotive peuvent écrire de la poésie. »

 

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