Clément Demers architecte de métropole

Invité au Salon de la culture bruxelloise, Clément Demers est une personnalité québécoise incontournable. Depuis plus de quarante ans, cet architecte et gestionnaire de projet transforme petit à petit les quartiers de Montréal. Son objectif ? Intégrer la culture au paysage urbain car d’après lui, ces deux domaines sont étroitement reliés. «  L’aménagement d’une ville est le meilleur témoignage de la culture d’une société. La façon dont les gens vivent, dont ils consomment, se reflète sur l’organisation citadine. En Amérique, le défi est de faire comprendre que marcher dans la ville est un geste culturel. C’est même l’acte le plus accessible à chaque citoyen. Tout le monde ne va pas aller dans les galeries d’art, au théâtre ou dans les musées. Par contre, la majorité de la population peut se promener, la qualité des rues est essentielle. Il faut y accorder une importance majeure.  »

Clément Demers a pu mettre en pratique ces théories avec la construction du Quartier international de Montréal il y a dix ans. Cet arrondissement, situé entre le centre-ville et le vieux Montréal, accueille en son sein de nombreuses organisations internationales et un circuit piétonnier avec des œuvres d’art et des « espaces musées ». Son projet achevé en 2004 a reçu pas moins de 31 distinctions nationales et internationales. Après ce succès, la ville lui a confié la gestion d’un autre quartier, celui des théâtres, des musées et cinémas. « 28.000 sièges, 30 salles sur un kilomètre carré. C’était un territoire avec très peu d’attrait. Il n’y avait rien à faire là-bas à moins d’y travailler ou d’avoir déjà son billet de théâtre. Si les gens veulent devenir des consommateurs spontanés de la culture, il faut qu’ils prennent l’habitude de fréquenter ce lieu. Ainsi, s’ils passent quotidiennement devant l’offre culturelle, ils seront plus facilement tentés. C’est le même principe que dans un centre d’achats.  »

Cet architecte visionnaire a toujours travaillé sur des installations en lien avec la culture. En 1973, il commence sa carrière dans la réhabilitation du patrimoine religieux menacé. Après avoir enchaîné plusieurs postes dans des sociétés immobilières importantes comme la Société du patrimoine architectural de Montréal, il arrive à un constat simple : «  Je me suis aperçu que la culture est ce qu’il y a de plus payant pour une ville. C’est la nourriture de l’esprit et c’est aussi l’essentiel dans ma vie.  »

Habitué des voyages en Europe, le Québécois n’avait pourtant jamais mis les pieds dans la capitale européenne avant. C’est pour cette raison qu’il a accepté d’échanger ses idées avec les acteurs culturels belges. «  Il y a de l’animation à Bruxelles. Je ressens le besoin et le plaisir de marcher dans une cité comme celle-là. Il faut donner toute son importance au piéton pour améliorer la qualité d’une ville.  »