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Armée: le F-35 avantagé?

Pour remplacer le F-16, l’armée belge est suspectée d’un biais pro-américain. Elle envisage l’engagement simultané de trente avions, une situation de guerre.

Journaliste au service Culture

Par Alain Lallemand

Temps de lecture: 4 min

La « demande préparatoire d’information » (Preparation Survey) adressée par l’armée belge, ce 2 juin, aux agences d’État capables de fournir un successeur aux avions de chasse F-16, est-elle formulée de telle manière que le seul avion capable de répondre aux attentes exprimées soit le F-35 de Lockheed ? C’est ce que pensent plusieurs experts – dont l’un à l’intérieur même de l’armée belge – qui ont lu le document confidentiel et l’ont décrypté pour la VRT-radio.

Ce document très technique de 25 pages, nous avons pu à notre tour le consulter pour le confronter aux éléments d’information que l’armée avait donnés ce 24 juillet lors d’une conférence de presse. Dans ses lignes générales, le document répond à la description qu’en avait faite le lieutenant-colonel d’aviation Steven Lauwereys (« Je n’ai rien à cacher », avait-il d’ailleurs déclaré).

Mais le diable est dans les détails.

Pour rappel, l’armée belge n’est pas à la recherche d’un appareil en particulier mais d’une « capacité » qui remplace celle des F-16. Le département Ressources Matérielles a donc dressé un descriptif des attentes pratiques de la Composante Air, en demandant aux agences d’État des pays constructeurs de leur adresser en retour, en ce mois de septembre, une estimation du nombre d’appareils dont la Belgique aurait besoin pour assurer cette capacité, et de l’enveloppe budgétaire qu’un tel achat nécessiterait.

Première surprise, qui pourrait avoir des implications communautaires : l’armée demande aux constructeurs une « recommandation opérationnelle quant aux nombres de bases aériennes opérationnelles principales en Belgique ». L’armée belge a toujours présenté un modèle où Kleine-Brogel et Florennes hébergent tous deux des chasseurs, mais elle interroge les constructeurs sur la pertinence opérationnelle de cette vision, qui préserve l’équilibre communautaire. Les réponses seront lues avec attention…

Quant au « véhicule » proprement dit, c’est là qu’un biais pro-américain peut être suspecté. D’abord – mais cela n’a jamais été caché – l’armée souligne la nécessité d’un potentiel de développement : le matériel doit pouvoir être mis à jour, ce qui élimine un matériel qui est déjà à demi-vie, comme le F-18.

Plus marquant : la demande belge spécifie qu’une « attention particulière » sera donnée aux « techniques de réduction de la signature, dont la gestion thermique ». En clair, il s’agit ici de la manière dont est masquée la chaleur dégagée par les réacteurs (pour l’essentiel), afin de rendre l’appareil partiellement furtif et indétectable aux infrarouges. Ceci est typiquement une force du F-35.

Selon les experts consultés par la VRT, l’accent mis à plusieurs reprises sur la communautarisation et la standardisation des matériels et armements devrait être interprété comme une manière d’écarter des concurrents moins présents dans les armées alliées, comme le chasseur Gripen du constructeur suédois Saab.

Mais pour Le Soir, la plus grande surprise est de découvrir ce que l’armée belge demande à ces avions en termes opérationnels : il a été publiquement évoqué la défense de l’espace aérien national (2 à 4 avions) et une capacité expéditionnaire maximale de 10 avions déployés en même temps sur deux territoires distincts (4 + 6 par exemple). Soit un engagement maximal de 14 avions. Mais la lettre du 2 juin évoque aussi la « participation unique à une opération multinationale avec un engagement maximum de 30 avions », tout en précisant que « ceci n’est pas un élément qui doit influencer la détermination de la taille de la flotte ».

Trente avions d’un coup ? Pourquoi ? Pour une guerre entre moyennes puissances militaires ? L’une des missions Otan que la lettre met explicitement en avant est de « détruire, empêcher ou dégrader les menaces air et missiles de l’ennemi, dont leurs systèmes de soutien à la fois avant et après lancement, aussi près que possible de la source ». Ce genre de mission dit « Offensive Counter Air » consiste notamment à « détruire les défenses aériennes de l’ennemi ». En clair : dans le cadre d’un conflit naissant face à un pays disposant d’une véritable force aérienne, la Belgique envisage de participer à la toute première vague d’assaut : le nettoyage et à la sécurisation de l’espace aérien avant intervention au sol. Une mission résolument offensive, à l’image de ce qu’a été l’intervention libyenne, et même à une toute autre échelle.

Si l’option est militairement défendable (mieux vaut faire la guerre en l’air qu’au sol), la question du consensus politique, elle, reste entière : le niveau affiché d’ambition offensive est-il celui de la Belgique ?

 

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