Tournai: le pont des Trous restera intact

Marche arrière toute ! Le projet d’élargissement des arches du pont des Trous qui agite le landerneau tournaisien depuis quelques années est enterré. « Reporté sine die », précise le bourgmestre Rudy Demotte qui avoue qu’on ne risque plus d’entendre parler de ce projet avant de très longues années. En cause ? La rigueur budgétaire qui frappe l’Europe en général et la Wallonie en particulier. « Les économies sont plus faciles à réaliser dans les projets qui ne sont pas encore concrétisés », explique Rudy Demotte. Pour rappel, l’élargissement du pont des Trous entre dans le cadre du projet européen Seine Nord Europe censé créer une véritable autoroute fluviale reliant le bassin parisien au nord de l’Europe en passant par la Belgique. Pour permettre le passage des bateaux de très gros gabarits, il nécessitait l’adaptation de nombreux ouvrages d’art (ponts, écluses…) tout au long du parcours, mais aussi et surtout la création d’un canal de 106 km, tronçon manquant entre la Seine et le canal de Dunkerque. Un projet pharaonique que la France ne pouvait pas se permettre, même avec l’aide de l’Europe.

Rudy Demotte a donc dû se rendre à l’évidence : il ne servirait à rien de toucher maintenant au pont des Trous alors que le projet Seine Nord Europe tombe à l’eau. « De plus, aucune ligne budgétaire n’a été inscrite en Wallonie pour des travaux sur des ouvrages d’art », explique-t-il. Les écluses et les ponts en amont et en aval du pont des Trous ne seront donc pas mis à gabarit des gros bateaux. « Il était évident aussi que si Tournai acceptait que l’on touche au pont des Trous, elle devait recevoir des compensations notamment pour aménager les quais et la traversée de la ville. Nous en avions convenu comme tel en conseil des ministres. Mais la réforme de l’État est passée par là et le transfert des compétences oblige la Wallonie à faire plus de choses avec moins d’argent. Des choix sont donc inévitables. »

Ardent défenseur du désenclavement fluvial de la Belgique et de la Wallonie – il l’a plaidé auprès de François Hollande lui-même –, Rudy Demotte n’a donc pas pu faire sauter le « verrou » tournaisien. Mais ce qui pourrait paraître comme un échec est en fait une aubaine pour le bourgmestre de Tournai qui s’était attiré les foudres d’une partie de la population qui ne supportait pas l’idée qu’on puisse toucher au pont des Trous. Et puis, ce « retrait » est aussi stratégique : préserver la cathédrale. Si d’aventure, des queues de budget se dégageaient pour le patrimoine tournaisien, la Ville veut les consacrer au joyau de l’Unesco qui a déjà englouti 26 millions d’euros dans sa restauration. Dans quelques années, la cathédrale aura besoin de nouveaux financements pour sa partie gothique. Le sacrifice du pont des Trous pourrait alors être un atout. La page est donc (définitivement ?) tournée mais, pour Rudy Demotte, cela ne signifie pas que Tournai va rester figée. « Les projets, comme l’arrivée de Saint-Luc au centre-ville, le centre d’interprétation aux Anciens prêtres et le développement des micro-entreprises technologiques dans le centre continuent leur chemin », assure-t-il. « Austérité » ne devrait donc pas encore rimer avec « inertie ».

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