L’action «poires» porte ses fruits

Mangez des poires ! Le message semble être reçu cinq sur cinq par la population . Chaque jour, les ventes pour le marché belge sur la criée de Saint-Trond sont en augmentation. « Nous atteignons une hausse de 50 % des ventes par rapport à l’an passé », explique Christian Gustin, directeur de la criée. Preuve que les campagnes de promotion de la poire portent leurs fruits. Vendues aux alentours de 50 cent le kilo (prix de gros en baisse de 40 à 50 %), les poires ne peuvent plus prendre la direction de la Russie suite à l’embargo. « Bon an mal an, j’exportais de 10 à 70 % de ma production en Russie, explique Jules André Goffin, producteur à Rosoux. « Certains acceptent de ne pas récolter pour avoir une indemnisation de l’‘Europe. Personnellement, ça me rend triste. C’est dur. Par contre, la réaction positive du consommateur fait du bien. Pourvu que ça dure ». En région liégeoise une petite centaine de producteurs sont concernés par l’embargo. Et les initiatives se multiplient pour les soutenir. Ceci dit environ sept poires sur huit produites en Belgique prenaient le chemin de la Russie. Le marché belge ne pourra pas tout absorber…

Distribution gratuite dans les écoles. La commune d’Aywaille a ouvert la voie, d’autres suivent comme Herstal. Ces mardi et mercredi, les 1439 élèves des 9 écoles de la commune reçoivent une poire « Conférence » tandis que la commune a demandé aux enseignants de réaliser une sensibilisation à l’égard des produits locaux, en général, mais aussi de la haute valeur nutritive de bons fruits. « Nous souhaitons que les enfants soient de bons ambassadeurs auprès de leurs parents pour que ceux-ci intègrent dans leurs habitudes alimentaires les produits de nos régions » explique Philippe Dodrimont, député-bourgmestre d’Aywaille. La Province de Liège et d’autres communes pourraient emboîter le pas suite notamment aux aides financières débloquées par l’Europe. « L’important c’est d’écouler les stocks pour éviter la destruction et les coûteuses mises en frigo », explique un producteur.

Achat massif par la distribution. C’est toujours dans la région d’Aywaille que le bon exemple est donné. Yves Noirfalisse, président de l’Aplsia (Association professionnelle du libre-service indépendant en alimentation) a acheté 10 tonnes de poires Conférence à son fournisseur pour les vendre à prix coûtant (0,69 euro le kilo) dans ses magasins Carrefour Market d’Embourg et Remouchamps. « Les clients sont très réceptifs, je vends 100 fois plus de poires que d’habitude. Le stock sera écoulé d’ici la fin de la semaine. Après il faudra passer aux pommes qui sont elles aussi, soumises à l’embargo ».

Palette de 300 kilos pour les entreprises. L’action est lancée par Jean-Luc Dardenne, un producteur de Wasseiges, qui propose de livrer dans les entreprises des « pallox » de 300 kilos pour la somme de 195 euros. « En offrant une pomme ou une poire à ses employés, l’entreprise fait à la fois plaisir à son personnel et soutient un producteur », explique celui qui a lancé, avec un ami, un site internet (1). L’action des grandes surfaces le laisse perplexe. « Face caméra, elles disent soutenir les producteurs. Hors champ, elles font pression sur les différentes criées pour faire encore baisser les prix tandis qu’elles vendent les fruits au même prix. Ceci dit certains magasins vendent à prix coûtant : c’est ce genre d’initiatives qui fait bouger les choses. J’ai eu un habitant de Charleroi qui m’a acheté trois pallox de pommes pour les vendre à prix libre dans sa région de manière à ce que les fruits soient accessibles à tout le monde. Je trouve ça super !

(1) www.jesoutiensmonproducteur.be