Marianne Thyssen «l’irremplaçable»

Celle qui fut la première présidente de l’histoire du CD&V et que certains avaient déjà propulsée en tête des candidats premiers ministrables lors de la campagne électorale de 2010, partira à l’Europe. La candidate commissaire, récemment élue par De Standaard meilleure parlementaire flamande de l’hémicycle européen, est unanimement appréciée par ses pairs et que Jean-Claude Juncker, futur président de la Commission, a formulé l’espoir de la voir rejoindre son équipe, d’autant plus qu’il cherche à tendre vers une parité hommes-femmes. A recenser les coups d’encensoir de ceux qui la côtoient, le panégyrique de la candidate commissaire paraît presque trop beau pour être honnête. On la dit dotée d’une intelligence supérieure, méticuleuse, jusqu'au-boutiste. Son voisin de banc au Parlement européen, Jean-Luc Dehaene, la qualifiait d’«irremplaçable».

Herman Van Rompuy, l’actuel président du conseil européen, l’a remarquée un jour de 1989, lors d’un passage télévisé où elle s’exprimait en qualité de responsable du service d’études de l’Unizo, la coupole des Classes moyennes flamandes. Il était alors président du CVP. Il lui offre une place de suppléante sur sa liste européenne. La petite histoire retiendra qu’en quittant les commandes des Classes moyennes flamandes, elle allait engager un certain Kris Peeters pour lui succéder. Ironie de l’histoire: le CD&V peut difficilement ambitionner de truster à la fois le poste de Premier ministre et celui de commissaire européen. Cela sera l’un ou l’autre.

Comme Herman Van Rompuy, son mentor, elle fuit l’esbroufe et n’a pas de plan de carrière. Les passions de cette femme de tête: le trekking en Inde et la petite reine avec laquelle elle adore gravir les cols du Tour de France, avec une prédilection pour le mont Ventoux.

Quand elle devint la première femme à présider le parti démocrate-chrétien flamand, en mai 2008, rares étaient les journalistes de la rue de la Loi capables de coucher quelques lignes sur son parcours fédéral. Son biotope naturel, c’est l’Europe. Ses préoccupations étaient alors à des années-lumière de la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde et de nos pétaudières communautaires. Elle planchait alors sur des thèmes de société moins périphériques, comme la lutte contre la pauvreté, multipliant les amendements sociaux contre la directive Bolkenstein, et défendant la cause des langues européennes les plus modestes, comme le néerlandais. Sans obsession communautaire. Quand elle s’est imposée sur la scène belge comme présidente du CD&V, ce fut au prix d’un baptême du feu dantesque: la crise bancaire sous un Leterme II déchiré de l’intérieur et au sein d’un cartel où la N-VA faisait grimper les enchères institutionnelles. Elle allait rapidement s’imposer comme meneuse d’hommes, faisant voler en éclats l’alliance avec les nationalistes flamands en replaçant son parti sur l’échiquier du nord du pays. C’est elle qui, une décennie plus tôt, avait été chargée de déterminer les causes de la défaite de son parti, en 1999. Une décennie plus tard, elle allait séduire par sa pugnacité des homologues masculins et surtout francophones qui découvraient sa ténacité et son magnétisme. Allergique aux coups bas, cette femme d’apparence stoïque peut entrer dans une colère froide pour imposer sa volonté de réintroduire un brin de noblesse et de crédibilité en politique.