Des eaux industrielles recyclées pour irriguer les champs et créer une réserve naturelle

C’ est un mariage de raison, où chacun apporte ses compétences dans le but de préserver la nature ». Quand une industrie agroalimentaire, des agriculteurs et Natagora travaillent main dans la main, cela donne une réserve naturelle de 34 hectares à Hollogne-sur-Geer, ainsi que des champs irrigués grâce aux eaux usées de l’entreprise, préalablement épurées. Cette collaboration vient de remporter le prix de « Biodiversité partenariale ».

L’entreprise Hesbaye-Frost recycle les eaux provenant du lavage et du blanchiment des légumes en les injectant dans les bassins de décantation d’un terrain qu’elle a acquis en 2012, et depuis transformé en réserve naturelle. « Ces eaux ne sont pas polluées, juste riches en certains nutriments. Elles vont s’écouler successivement dans les 7 bassins de la réserve, permettant un développement riche en espèces végétales variées », explique Alain Martens, conservateur de la réserve naturelle du Haut-Geer, située à deux kilomètres de l’usine. C’est ainsi une belle variété d’espèces d’oiseaux qui s’y arrête, pour une halte ou pour nicher.

Après épuration, les eaux usées servent à irriguer les champs

Le recyclage de l’eau de l’entreprise ne s’arrête pas là. En effet, en période sèche, l’eau injectée dans les bassins de décantation sert à l’irrigation des 1000 hectares de champs environnants. Une méthode d’arrosage agricole qui se veut bien plus respectueuse de l’environnement que les traditionnels pompages dans les nappes phréatiques et les rivières. « Les sécheresses interviennent durant la période de nidification des oiseaux. Ainsi, entre avril et septembre, certains bassins peuvent être partiellement vidés pour irriguer les champs, sans craindre d’impact négatif, ni sur les nids – lesquels craignent l’eau – ni sur la nature. Pour s’assurer de l’innocuité de l’action, toutes les décisions concernant l’utilisation de l’eau se prennent à l’unanimité auprès de 2 collaborateurs de Hesbaye-Frost, 2 agriculteurs du réseau ApliGeer et 2 membres de Natagora », explique Arnaud Crevits, conseiller en environnement au sein de Hesbaye-Frost, une entreprise de congélation de légumes.

L’entreprise souhaite limiter au maximum son impact sur l’écosystème de la rivière Geer. « Tout rejet d’eau dans la rivière a un impact environnemental, que ce soit en termes de débit ou de température. Et nous voulons éviter cela. Dès lors, l’idéal vers lequel nous tendons est d’utiliser l’entièreté de nos eaux usagées épurées pour arroser les champs et assurer la pérennité de la réserve naturelle, laquelle joue le rôle de tampon. »

Des oiseaux rares observés autour des bassins

Lors d’une ballade familiale d’une à deux heures sur les sentiers au bord des étangs, petits et grands s’émerveillent du ballet aérien d’un grand nombre d’oiseaux. Ce site a été conçu pour laisser une zone de quiétude, propice à leur reproduction.

« La réserve attire des espèces rares d’échassiers, de canards, de grèbes et de passereaux. Par exemple, la gorge-bleue, (un passereau de la taille d’un rouge-gorge, ndlr), est l’espèce emblématique de la réserve. Aussi, en été, une grosse colonie de grèbes à cou noir profite de la protection accordée par la population de mouettes rieuses, pour nicher chez nous », explique Alain Martens, conservateur et ornithologue chez Natagora. « Plus de 200 espèces d’oiseaux ont été observées autour des bassins. »

Et d’ajouter, « Si le prochain hiver est rude, on peut même espérer y voir la buse pattue. C’est un rapace du Grand Nord, qui profite de l’aménagement naturel pour faire une halte lors de sa migration vers le sud. De tels lieux sont de plus en plus rares et sont dès lors prisés par les oiseaux migrateurs. »

La réserve de Hollogne-sur-Geer a tout d’une oasis, au cœur de la campagne agricole wallonne.