Une crèche 24h/24h plutôt que l’hôpital

Chaque année, plusieurs centaines de jeunes enfants âgés de moins de 3 ans font l’objet de mesures de placement judiciaire en fédération Wallonie Bruxelles. Or, la capacité d’accueil d’urgence y est largement déficitaire. Ce manque amène les magistrats et les services d’aide à la jeunesse à diriger ces mineurs vers des unités de soins pédiatriques, alors que leur état de santé ne nécessite aucune hospitalisation. Même si le personnel médical et infirmier veille à leur offrir le meilleur encadrement qui soit, les conditions de vie à l’hôpital ne sont pas optimales pour des bébés dont les séjours peuvent courir sur neuf mois. « Au-delà des risques d’infection, il y a un manque de stimulation du développement moteur, parfois même une carence d’amour, reconnaît la pédiatre Yanez Di Marcela Ruiz du Grand Hôpital de Charleroi (GHdC).La priorité de nos équipes va bien sûr aux malades. »

C’est dans ce contexte que le Centre coordonné de l’enfance (CCE), une structure carolo d’accueil de la petite enfance, a conçu un projet innovant de crèche d’urgence 24 heures sur 24, d’une capacité de 6 places. Comme l’explique son directeur général Bernard Vandenberg, « il s’agit d’aménager une véritable maison familiale en lien avec un centre d’accueil de jour. Afin de donner aux enfants toutes les chances de s’épanouir dans un cadre affectif et social proche de celui d’un foyer, en attendant leur retour en famille ! » S’il existe une institution du genre à Namur, la volonté est d’en créer une autre en région de Charleroi « dont le modèle puisse être démultiplié pour réduire les souffrances liées à un accueil mal adapté », insiste le délégué général aux droits de l’Enfance Bernard Devos, président du comité d’accompagnement.

C’est à la faveur d’une rencontre avec Sandrine Vairon, premier substitut à la section jeunesse du parquet de Charleroi, que le projet voit le jour. Très vite, la ville y marque son intérêt. La reprise d’une maison d’enfants en difficultés à Marchienne-au-Pont va donner un coup d’accélérateur à sa mise en œuvre concrète, grâce à un subside de la Loterie nationale de 75.000 euros pour les travaux de transformation, et un don de 40.000 euros de Cap 48 dans le cadre de l’opération « Viva for Life » 2013 de Vivacité (RTBF) pour financer le différentiel de coût salarial. « Dans l’arrondissement judiciaire, une septantaine d’enfants de moins de 3 ans ont fait l’objet en 2012 de placements en milieu hospitalier », note Bernard Vandenberg. La capitale sociale de la Wallonie semble tout indiquée pour porter ce projet. Le bouclage du budget d’aménagement impose de disposer de 165.000 euros de fonds complémentaires : une campagne d’appel à solidarité citoyenne vient donc de démarrer. Elle bénéficie du soutien des cinq « dames de cœur » qui « marrainent » cette opération : les députées Véronique Salvi (CDH), Sophie Pécriaux (PS) et l’échevine Ornella Cencig (MR).