Un pied au fédéral et un autre en Écosse

Un observateur des réseaux sociaux le relevait ce matin : les articles concernant le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse sont parmi les plus consultés depuis la Belgique. Et pour cause : les événements écossais sont un véritable laboratoire pour notre pays. Que le résultat soit oui ou non, il impactera les esprits flamands ou francophones. Avec une certitude : le « oui » galvanisera la détermination des dirigeants et du noyau dur de la N-VA dans leur conviction que l’indépendance n’est plus une chimère, mais une perspective réelle et qui se rapproche.

Officiellement, la N-VA est en pleine négociation pour la constitution d’un gouvernement fédéral à même de gérer la Belgique pour son plus grand bien. Mais officieusement (et simultanément), le parti de Bart De Wever aura un pied en Ecosse avec deux de ses députés en déplacement « à titre personnel » : « Il y a beaucoup en jeu, aussi pour la Flandre. L’Ecosse est un précédent important à l’intérieur de l’Union européenne, un cas très intéressant  », déclare le député Piet De Bruyn, qui sera du voyage. Dans un genre tout aussi schizophrénique, la N-VA a officiellement un pied dans l’ECR, le groupe du Premier ministre britannique Cameron au Parlement européen qui dit « non » à l’indépendance de l’Ecosse, alors qu’elle soutient haut et fort le « oui » et préside le groupe de régions européennes qui veulent leur autonomie.

Mais la schizophrénie n’embarrasse jamais les partis nationalistes. Bruno De Wever, spécialiste de ces mouvements, l’affirmait récemment : les nationalismes ne sont ni de gauche ni de droite mais ils sont ce qui, dans l’instant, leur permet le plus efficacement d’atteindre leur objectif indépendantiste.

Intéressant de constater que les pays menacés d’implosion tentent la même stratégie pour l’éviter : ainsi Cameron a-t-il joué son va-tout en promettant des compétences accrues, fiscales notamment, à une Ecosse qui resterait dans le Royaume-Uni. Soit l’équivalent des transferts de compétences consentis par Di Rupo et ses alliés francophones dans la 6e réforme de l’État pour calmer la Flandre et espérer réduire la force de la N-VA. Ce qui relève en fait d’une autre forme de schizophrénie, alors qu’il est désormais prouvé que la politique fiscale pour être efficace ne doit pas être éclatée, mais harmonisée au niveau européen. La tentation de l’indépendance sert l’envie identitaire du moment, mais visiblement pas l’intérêt économique.