Eliane Tillieux: «Les travaux obligatoires pour les chômeurs, c’est non!»

Les négociateurs de la coalition suédoise souhaitent introduire un système de travaux d’intérêt général pour les demandeurs d’emploi. Mais il faut pour cela la coopération des Régions, partiellement compétentes en la matière.

En Wallonie, ce sera « non », annonce la nouvelle ministre de l’Emploi, Eliane Tillieux, dans l’interview qu’elle nous accorde. « C’est une fausse bonne idée, parce que si on oblige des gens à travailler dans des secteurs en concurrence, on va avoir deux types de travailleurs. Des personnes payées au rabais et qui sont obligées de travailler pour garder leurs allocations. Et des personnes avec des statuts ordinaires et qui travaillent pour des entreprises saines et qui tournent bien. »

Pour la ministre, les travailleurs « obligés » vont venir faire une concurrence malsaine aux entreprises ayant pignon sur rue. « Alors oui, on pourra s’enorgueillir de dire que tout le monde travaille. Mais en fait, tout ce qu’on aura fait, c’est faire disparaître un chômage pour en recréer un nouveau. »

La ministre relève d’autre part qu’une étude de l’Université catholique de Louvain, dévoilée dans nos colonnes la semaine dernière, a recommandé aux négociateurs de la suédoise l’abandon de ce projet. L’étude mettait en avant le fait que les allocations de chômage étaient déjà conditionnées à la recherche active d’un emploi de la part des chômeurs. « Je souscris entièrement à ces arguments. Quand une personne cherche du travail et n’en trouve pas, et subit d’autre part des contrôles pour vérifier cette recherche d’emploi, je ne vois pas pourquoi on lui imposerait en plus des travaux d’intérêt général. »

« Ras-le-bol des idées simplistes »

Enfin, la ministre dit son « ras-le-bol » devant des idées qu’elle juge simplistes. « Ces dernières semaines, j’entends des idées faciles au sujet des personnes qui ont perdu leur emploi ou qui vivent au CPAS. L’idée est répandue que ces personnes touchent une allocation et n’ont aucune obligation. C’est faux pour les chômeurs, je l’ai dit, ils sont tenus de chercher du travail, sinon ils perdent leurs allocations. Mais c’est faux aussi pour les personnes qui touchent le revenu d’intégration. Aujourd’hui déjà, ils ont l’obligation de chercher de l’emploi activement. Donc, les discours simplistes qui disent qu’il suffit de réclamer ses allocations et qu’il n’y a pas de contrepartie, c’est totalement faux. Pas de simplification à outrance. »

La ministre opposera donc un « non » poli si la coalition fédérale vient lui demander de mettre en œuvre une obligation de travaux d’intérêt public pour les chômeurs. « C’est une fausse bonne idée. Et si c’était une bonne idée, il y a longtemps que ce serait déjà en place. »

Avec cette fin de non-recevoir, il y a donc de fortes chances que les travaux obligatoires pour les chômeurs ne voient pas le jour dans la partie francophone du pays. Cet été, Didier Gosuin (FDF), ministre bruxellois de l’Emploi, a déjà émis des réserves importantes. « Je pense que c’est une mesure très très idéologique. Qui va faire cela ? Quel type de mesure ? À partir de quand ? Et donc, je crois que cela fait plus partie du show que de la réalité de demain. »

Le refus du ministre bruxellois s’appuie sur les mêmes arguments que sa collègue socialiste wallonne. « Un demandeur d’emploi a une obligation de chercher des emplois, d’accepter ceux qui sont convenables. Le gouvernement fédéral ne pourra pas mettre en œuvre sa mesure parce qu’elle est de la compétence des Régions. De facto, ils devront faire des accords de coopération, donc j’attends de voir les propositions avant de me prononcer. »

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