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Les spectacles dont vous êtes le héros

Fini le spectacle pépère, planqué dans son fauteuil ! Sur la scène d’aujourd’hui, c’est vous l’artiste. Dans telle pièce, c’est au public de résoudre l’énigme. Dans telle autre, il réécrit une scène. Ici, on vous embarque dans une danse. Là, on vous fait voter sur la suite du scénario.

Temps de lecture: 6 min

Vous êtes du genre timide et effacé ? Du genre qui aime s’enfoncer dans les profondeurs d’un siège en velours molletonné et attendre que le noir se fasse pour se gargariser, dans l’ombre, du supplice de ces artistes qu’après tout personne n’a forcé à déballer leurs tripes sur le plateau ? Mauvaise nouvelle pour vous : l’époque est à la performance interactive, au spectateur-acteur. Cette saison, on ne compte plus les spectacles qui mouillent allègrement le spectateur, se frottent au plus près de lui, le sortent de son petit confort embusqué pour le faire jouer, danser, réagir, participer. Pourquoi cette tendance ? Pourquoi vouloir à tout prix rendre un chouïa de responsabilité au spectateur, l’impliquer, au risque de faire tomber l’artiste de son piédestal ? Est-ce une manière de répondre à une époque férue d’interactivité, de réseaux communautaires, de vox populi où tout le monde y va de ses commentaires pour remplacer les experts ?

Au festival Kanal cette semaine, la démarche est intimement liée à la question de l’espace public. C’est en contact direct avec la zone du canal à Bruxelles que s’est construit le festival. Pour interroger la ville de demain et le vivre ensemble dans un quartier en constante transformation, quels meilleurs outils que des performances où les habitants eux-mêmes mettent la main à la pâte ? Dans City Scape par exemple, Karl Van Welden pose des points d’observation sur le toit d’un immeuble. Grâce à un téléobjectif, les spectateurs font le point sur des détails du panorama urbain et s’aperçoivent que des performeurs, au loin, se mêlent aux passants lambda qui deviennent eux-mêmes les acteurs de ce jeu sur la distance. Une quinzaine d’autres propositions transforment ainsi le public en protagoniste.

Pour le comédien et metteur en scène Benoît Verhaert, impliquer activement le spectateur est une façon d’envisager son métier autrement. Dans On ne badine pas avec l’amour au Varia, il invite des ados à voir la pièce de Musset et ensuite, à en réécrire et jouer une des scènes. « Beaucoup de jeunes viennent au théâtre et sont priés d’avaler une pièce, mais on ne leur demande jamais leur avis, dénonce le metteur en scène. Pour moi, le théâtre n’est pas une fin en soi mais le début d’un échange. Il y a une vraie demande des jeunes de s’exprimer. » Dépassant le cadre classique de l’animation scolaire, l’artiste invite les jeunes à faire l’acteur pour débattre de comment on vit l’amour à 18 ans. Passionnant ! Avec Que puis-je faire pour vous, Anne-Cécile Vandalem a une démarche plus politique. S’installant, tous les lundis, rue de Ribaucourt, à Molenbeek, et bientôt dans un container près de la Gare des Guillemins à Liège, l’artiste propose au citoyen d’être le commanditaire d’une œuvre vivante qu’elle réalisera pour et avec lui. « Je m’adresse à des gens qui, a priori, ne vont pas au théâtre, mais qui, en payant leurs impôts, participent indirectement aux subventions que je reçois. Ils commanditent, on dessine ensemble le projet, le financement, à qui ça va s’adresser – à eux, à leur famille, à leur quartier ? Ça désacralise l’artiste, c’est vrai. Il n’est plus intouchable, mais je ne suis pas non plus dans l’idée d’un artiste médiateur, d’un artiste fonctionnaire qui se met au service du public. Je veux surtout redonner aux gens une prise sur cet art auquel ils participent sans vraiment le savoir. »

 

Et bien dansez maintenant !

Festival Kanal

Parmi la quinzaine de propositions artistiques, le Festival Kanal va faire allègrement danser les berges bruxelloises. Alors que des artistes comme Wim Vandekeybus, Taoufiq Izzediou ou Claire Croizé (notre photo) déversent leurs danseurs sur le pavé pour épouser ou bouleverser le rythme de la ville, au cœur même de ses habitants, d’autres entremêlent savamment l’espace public et ses passants. Ces citoyens y feront des rencontres surprenantes dans des microthéâtres disposés dans la rue, participeront à un concours de ricochets fluorescents sur le canal, flâneront sous la grande halle des Abattoirs d’Anderlecht au fil d’un jeu de piste graphique, ou se frotteront aux jeux de feu de l’artiste Pieter Van Den Bosche. Dans Attentat sans conséquence, cent participants sont invités à approcher une installation faite d’explosifs. Au cœur de l’attaque, ils sont confrontés à la réalité physique de l’incendie.

Du 17 au 21 septembre à Bruxelles. www.festivalkanal.be.

 

Vivre l'amour à 18 ans

On ne badine pas avec l’amour

Avec L’Étranger de Camus, Benoît Verhaert mettait déjà les jeunes spectateurs à contribution puisque ceux-ci étaient amenés à développer leur propre plaidoirie à la barre (notre photo). Cette fois, le prolongement philosophique laisse place à la création artistique. Avec On ne badine pas avec l’amour de Musset, l’artiste invite les classes d’ados à voir la pièce, à en débattre juste après, et, pour ceux qui le souhaitent, à réécrire et interpréter une scène de la pièce. Encadrés par leurs profs, les jeunes prennent en charge l’écriture, la mise en scène et les costumes pour créer une scène de dix minutes qui sera jouée, en fin de saison, au Petit Varia. « Dans la pièce, Perdican dit à Camille : “ Tu as 18 ans et tu ne crois pas à l’amour ”. C’est ce thème qui porte la pièce pour parler d’orgueil, d’égoïsme, des parents, des tabous, de la religion. Tout cela est très impudique mais, par la transposition scénique, les jeunes peuvent exprimer des choses très personnelles. »

Du 18 au 29 novembre au Petit Varia, Bruxelles. www.varia.be.

 

Démocratiquement vôtre

Le Cirque Démocratique de Belgique

Créé en 2013, Le Cirque Démocratique de Belgique est un spectacle très belge et donc très démocratique… Les spectateurs ont le droit et le devoir de voter pour décider de la forme et du contenu de ce à quoi ils assistent. Au premier abord, c’est un cabaret dans lequel tout semble possible : un numéro de jonglage avec de la vaisselle en porcelaine, un numéro de claquettes en chaussures de ski ou encore un saut de quatre mètres de hauteur dans une piscine de 30 cm de profondeur. En réalité, c’est aussi une enquête humoristique sur les frontières de la démocratie et les tendances dictatoriales de la majorité… La compagnie Pol et Freddy s’est inspirée d’une Belgique détentrice du record mondial du pays ayant connu la plus longue période sans gouvernement (541 jours). Ces jongleurs et manipulateurs d’objets en tous genres présentent un spectacle qui met largement le public à contribution.

Les 27 et 28 septembre aux Fêtes Romanes à Wolubilis. Le 8 mars 2015 à la Piste aux Espoirs à Tournai. www.cirquedemocratique.be.

 

Cluedo théâtral

Dernier coup de ciseaux

Encore une pièce corporatiste du TTO visant à attirer entre ses murs tous les coiffeurs de la Galerie de la Toison d’Or ? Mais non, Dernier coup de ciseaux est une pièce américaine, déjà applaudie par neuf millions de spectateurs et figurant, paraît-il, dans le Guinness des Records, rubrique longévité. Un mélange décoiffant de lotion capillaire et d’intrigue policière. Chaque soir, un meurtre est commis au salon (de coiffure) et c’est au public que revient la tâche de résoudre l’énigme, à la lumière d’une pléthore d’indices éclairants, genre poil de fausse blonde ou vieux bigoudi. Une grande partie de la pièce est évidemment improvisée en fonction des réactions du public. « Un spectacle extrêmement po-si-tif et ré-créa-tif » annonce l’équipe mise en scène par Aurelio Mergola, avec des comédiens rompus à l’exercice comique : Jean-François Breuer, Catherine Decrolier, Thomas Demarez, Pierre Lafleur, Frédéric Nyssen et Nathalie Uffner.

Du 22 janvier au 28 février 2015 au Théâtre de la Toison d’Or à Bruxelles. www.ttotheatre.be.

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