L’alimentation au pied du mur

Gaspillage alimentaire, exploitation des producteurs du Sud, malbouffe… Notre société va-t-elle droit dans le mur ? Est-ce, du coup, « la fin des haricots » ?

Pour la 14e édition du Tempo Color, le centre culturel des Chiroux met l’alimentation au pied du mur et interroge le « bien manger ». Des affiches ont été placardées sur les parois en brique de la salle, au sous-sol. A chaque fois, une photo extraite de travaux d’artistes qui ont chacun travaillé sur la (sur)consommation, mettant à nu la façon de se nourrir.

A la demande du photographe californien Gregg Segal, une famille pose dans son jardin, entourée d’une semaine de production de déchets. Dans sa série Refrigerators, Mark Menjivar cliche le contenu du frigo de différentes personnes, histoire de mettre en rapport rythme de vie et choix alimentaires.

Pas de propos culpabilisant ni de jugement manichéen : ces affiches interrogent et jettent le trouble. Ainsi, parmi ses milliers de poules, un éleveur paraît bien triste. Pourtant ses poules bios ne sont pas en cage et sont même en parfaite santé. Illusion. Sur une autre affiche, l’entrelacement de tiges de tomates aimante le regard avant que l’on ne découvre, quelque peu stupéfait, qu’il s’agit de tomates « sous Baxter », cultivées en hydroponie.

Une pomme est une pomme mais les apparences sont trompeuses. D’où l’importance de chercher, comme l’a fait l’artiste américain Jonathan Blaustein « pourquoi acheter un hamburger coûte moins cher que de le faire soi-même ». La stupéfaction est à son comble lorsque l’on découvre ce que représente une immense tache rouge et noir, autour de laquelle sont disposés des carrés remplis de milliers de points noirs. Caramba ! il s’agit d’un élevage intensif de bœufs américains pris par satellite. Et la tache rouge n’est autre que l’immense réserve de lisier…

Au pied du mur, que faire ? Outre cette exposition intitulée « Manger le mur », le centre culturel propose une série d’animations qui se déroulent au centre-ville, tout au long du week-end.

La mise en bouche est festive, avec des concerts le vendredi soir place des Carmes. Le lendemain, la réflexion se veut active, avec des ateliers de réemploi ou contre le gaspillage alimentaire. Sans oublier les « points colères pour la terre », à savoir des interpellations du monde associatif – Latitude Jeunes, CNCD, Centre liégeois du Beau-Mur… – autour du droit à l’alimentation. Le tout est accompagné de performances de rue qui portent, chacune à leur façon, une solution. A l’instar des « passeurs de rêves » qui proposent… la natation philosophique ou comment « nager à la fois dans la crise et le bonheur quotidien ».

Dans le même temps, la Ville de Liège organise un premier marché des producteurs locaux place Cathédrale et la Province de Liège présente sa conserverie solidaire mobile. En guise de dessert, le dimanche, un brunch réalisé à partir d’invendus alimentaires, au musée de la Vie wallonne.

« Face à la réduction de moyens, nous avons dû quelque peu resserrer la programmation du festival Tempo Color avec, cette année, un seul jour de concert », explique Bénédicte Merland, coordinatrice de l’événement aux Chiroux. Ce qui n’empêche pas les associations de participer en masse à l’événement, avec beaucoup de créativité.

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