IJD: nettoyer le Pacifique, de l’utopie à la réalité

En 2011, à l’âge de 16 ans, le Néerlandais Boyan Slat a découvert que des quantités alarmantes de plastique flottaient dans la mer Égée alors qu’il faisait de la plongée avec sa famille en Grèce. Comme beaucoup, il a pensé qu’il fallait agir. Mais lui, il a trouvé une solution. Quand je me consacre à quelque chose, je ne m’arrête qu’une fois mon but atteint, affirme-t-il à Delft dans les bureaux d’Ocean Cleanup, l’organisme à but non lucratif qu’il a créé.

Après son voyage en Grèce, Boyan a mené une expérience avec un copain de lycée pour mesurer la pollution plastique de la mer du Nord. Les résultats n’ont pas été concluants – leur outil de mesure a été endommagé par les courants – mais ils ont eu une bonne note et ils ont été relayés dans un petit quotidien de Delft. Puis, un organisateur local des conférences TEDx Talks l’a invité à présenter ses résultats, ce qui lui a permis d’étoffer son idée : son système propose un nettoyage passif utilisant le vent et le mouvement naturel des courants pour piéger les déchets contre une barrière. Son exposé a été bien accueilli et depuis, il a rassemblé une centaine de spécialistes – des ingénieurs offshore, des experts du droit maritime, des écologistes, des biologistes des milieux marins – afin de tester, optimiser et construire son dispositif. Un bon nombre d’entre eux y participent à titre bénévole.

Simple et efficace

Le dispositif prévoit une barrière flottante en forme de V qui descend à environ 3 m sous la surface de l’eau. Elle piégera le plastique à la dérive tout en épargnant la faune, puis conduira ce dernier vers une plateforme d’extraction qui fonctionne à l’énergie solaire. L’objectif est d’installer ce dispositif de 100 km de large d’ici à 2020 entre la Californie et Hawaï, près de la “ grande plaque de déchets du Pacifique ”. Le budget nécessaire est estimé à 300 millions de dollars (233 millions d’euros), un coût 33 fois inférieur à l’utilisation de navires équipés de filets, selon Boyan. Il pourrait ensuite être reproduit ailleurs.

L’outil imaginé par Boyan et son équipe est d’une simplicité déconcertante : il se résume à un aspirateur et une pelle sophistiqués. Lorsqu’un jeune homme de 17 ans vous contacte pour vous décrire son projet, c’est plutôt troublant, car un grand nombre de personnes se sont déjà attaquées au problème, avoue Santiago Garcia Espallargas, qui travaille à la faculté d’aérospatiale de la prestigieuse Technical University, à Delft. Boyan avait assisté à l’une de ses conférences et lui avait présenté ses idées.

Une fois que le projet a commencé à prendre forme et à attirer l’attention des médias, des spécialistes sont venus frapper à sa porte. Les personnes les plus motivées sont celles qui sont directement confrontées au problème, comme les marins et les plongeurs, explique Jan de Sonneville, ingénieur principal d’Ocean Cleanup. Si les estimations varient, Greenpeace affirme toutefois que 10 millions de tonnes de plastique finissent chaque année dans les océans. Cette masse provient à 80 % des terres, mais le reste est issu de navires commerciaux qui perdent leur cargaison ou qui déversent leurs déchets illégalement. Avec les courants, le plastique a tendance à s’accumuler en de grandes plaques, très loin des littoraux. La plus grande se trouve dans le Pacifique et fait la taille du Texas, selon Greenpeace. En plus de la menace que le plastique représente pour les oiseaux, les mammifères et les poissons qui l’avalent ou se coincent dedans, ces déchets finissent également par se décomposer en fragments, ce qui crée une mixture toxique qui entre dans la chaîne alimentaire.

Le succès du financement participatif

L’une des principales critiques du projet de Boyan est l’incapacité de la barrière à attraper les plus petits fragments. Mais selon Jan de Sonneville, le système permet en revanche d’intercepter le plastique avant qu’il ne se fragmente. Au printemps 2014, The Ocean Cleanup a publié une étude de faisabilité, qui décrit de façon extrêmement détaillée les défis et les solutions du projet – les implications juridiques d’un système ancré dans le Pacifique pour collecter les déchets tout comme les méthodes de recyclage du plastique récupéré. Bonne nouvelle : la dernière campagne de financement participatif de la fondation a permis de collecter 100 % de son objectif – deux millions de dollars (1,55 million d’euros). Cet argent, associé à des dons en nature comme l’utilisation gratuite d’équipements techniques ou des heures de travail d’ingénieurs spécialisés, permettra de financer l’étude pilote, qui comprend notamment des modèles réduits du dispositif.

Si le jeune âge de Boyan a fait beaucoup de bruit, l’intéressé ne trouve rien d’anormal à un projet si ambitieux. Ce n’est pas comme si nous avions voulu faire (de mon âge) un outil de communication, précise-t-il. Il admet néanmoins qu’au tout début, sa jeunesse a été un atout pour contacter des spécialistes. Si j’avais 40 ans, je pense que tout aurait été beaucoup plus difficile.

www.theoceancleanup.com

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