Pierre Moscovici devra donner des précisions par écrit au Parlement européen

Le commissaire désigné français Pierre Moscovici, longuement interrogé jeudi sur son bilan en tant que ministre des Finances de François Hollande par la commission des Affaires économiques du Parlement européen, devra finalement répondre à une série de questions écrites. Le PPE ayant «  baissé le ton », selon certains initiés, l’hypothèse d’une seconde audition a été écartée.

Une prestation jugée « solide »

Le Parlement européen est en ébullition depuis mercredi soir en raison des jeux politiques auxquels les grands groupes s’adonnent autour des auditions des commissaires désignés. Les sociaux-démocrates ont vivement critiqué le candidat PPE (Parti populaire européen)Miguel Arias Cañete, proposé par le président élu de la Commission européenne Jean-Claude Juncker au poste de l’Énergie et du Climat. Le PPE a donc décidé, le lendemain, de cuisiner Pierre Moscovici sur son passé en tant que ministre français des Finances.

Un membre du PPE a qualifié la prestation du Français de «  solide » mais a concédé que son groupe a lié les sorts de Miguel Cañete et Pierre Moscovici. L’évaluation officielle de l’Espagnol a été repoussée après le week-end, et le Parti populaire européen voulait en retour convoquer M. Moscovici pour une seconde audition.

Mais jeudi soir, au sein de la commission concernée, il est apparu durant l’évaluation officielle de l’audition du Français que le PPE et le S&D s’étaient mis d’accord pour uniquement demander au commissaire désigné de répondre à une série de questions écrites.

Libéraux et conservateurs partisans d’une seconde audition

Les libéraux (ALDE) et les conservateurs de l’ECR ne sont pas très contents de l’accord conclu à leur insu. Ils appuyaient la proposition originelle du PPE de réserver à Pierre Moscovici le même sort que le Britannique Jonathan Hill. Ce candidat ECR, proposé pour les Services financiers, devra repasser une audition mardi prochain.

Interrogés régulièrement depuis le début de la semaine, les porte-paroles de Jean-Claude Juncker se sont bornés à indiquer que le futur président de la Commission est très satisfait de la façon dont ses commissaires ont passé leur audition et qu’il les avait trouvés très compétents. M. Juncker est en contact téléphonique «  jour et nuit » avec le Parlement européen, ont-ils indiqué.

La prestation de Marianne Thyssen saluée par tous

D’autres commissaires désignés ont eux aussi été invités à apporter des précisions écrites après leur audition : la tchèque Vera Jourova a été jugée «  relativement vague » sur une série de thèmes en rapport avec son portefeuille de la Justice et de l’égalité des genres. Le Hongrois Tibor Navracsics, proposé pour le portefeuille de la Culture et de la Jeunesse, devra également adresser des réponses écrites. Son passé de ministre dans le gouvernement de Viktor Orban, qui a notamment fait passer des lois restreignant la liberté de la presse, fait grincer des dents.

La Belge Marianne Thyssen, commissaire désignée à l’Emploi et aux affaires sociales, a quant à elle fait une audition saluée par tous.

Une fois les auditions bouclées, mardi prochain, les présidents de groupe se réuniront en conférence des présidents. C’est là que se feront vraisemblablement les arbitrages, et qu’on saura si le Parlement rejette une des candidatures. Cela s’était produit en 2004 et en 2009.

La concertation au sein du Parlement pourrait aussi aboutir à une redistribution ou à un réagencement des portefeuilles.