Wajdi Mouawad tel un scarabée

L’auteur et metteur en scène le plus brillant du moment, en résidence de l’UCL, est ce lundi à Bruxelles.

Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

L e scarabée est un insecte qui se nourrit des excréments d’animaux autrement plus gros que lui. Les intestins de ces animaux ont cru tirer tout ce qu’il y avait à tirer de la nourriture ingurgitée par l’animal. Pourtant, le scarabée trouve, à l’intérieur de ce qui a été rejeté, la nourriture nécessaire à sa survie (…) De ces excréments dont il se nourrit, le scarabée tire la substance appropriée à la production de cette carapace si magnifique qu’on lui connaît et qui émeut notre regard (…). Un artiste est un scarabée qui trouve, dans les excréments mêmes de la société, les aliments nécessaires pour produire les œuvres qui fascinent et bouleversent ses semblables. L’artiste, tel un scarabée, se nourrit de la merde du monde pour lequel il œuvre, et de cette nourriture abjecte il parvient, parfois, à faire jaillir la beauté. »

C’est sur cette phrase que s’ouvre le site de Wajdi Mouawad. Et de fait, elle dit tout de l’œuvre et de la démarche de cet auteur, comédien et metteur en scène libano-canadien. Qui a vu sa pièce Incendies ou le film qui en est tiré ou qui a lu son dernier roman Anima (Babel/Actes Sud) sait de quoi il retourne, pour avoir été bouleversé jusqu’au tréfonds de lui-même, marqué au fer rouge par la cruauté, la violence et l’extrême poésie qui habitent les récits, l’écriture et les destins des personnages de cet homme sans concession. «  Né au Liban dans une famille chrétienne maronite, son enfance a été rythmée par une phrase de sa mère, “ Nous ne sommes pas des Arabes”  : “ J’ai été dressé pour détester, je ne peux me débarrasser de ça, je dois en rester conscient”. »  D’où, poursuit cet article de Mediapart, «  le fait que Mouawad donne désormais la parole à ceux qu’on lui avait appris à détester ».

On ne ressort jamais indemne d’une rencontre avec l’œuvre de cet artiste qui fut l’invité du Festival d’Avignon en 2009. Rien n’est « juste » une pièce de théâtre, comme en témoigne le travail fou entamé en 2011 et consistant à mettre en scène les sept tragédies de Sophocle, pour lesquelles il avait fait notamment appel, pour la musique, à Bertrand Cantat, faisant fi de la polémique autour de cet artiste « maudit ». Mouawad convoque l’histoire pour décoder le monde, à l’image de la mise en perspective de cette « humiliation » qui provoque les crimes du héros Ajax avec ceux qui opposent Israéliens et Palestiniens aujourd’hui.

Mouawad sera l’artiste complice de Mons 2015, où l’intégrale de ses tragédies sera jouée. L’UCL a fait de lui son artiste en résidence pour 2014-2015. Seize étudiants vont participer à la recherche de matériaux pour la mise en scène de Philoctète, au Manège à Mons en juin 2015, une tragédie de Sophocle, à travers laquelle Mouawad interroge : «  Qu’est-ce que c’est que demander à un adolescent d’être un traître, qu’est-ce que c’est qu’être enlevé ? ». Cette année en résidence s’ouvre ce lundi par une rencontre originale avec l’artiste sur le thème du conflit : quels en sont les signes annonciateurs, les remèdes et le rôle de l’artiste face à lui ?

NightShop UCL (avec Le Soir). Lundi 6 octobre, 20h30, Kaaitheater.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
Sur le même sujet La UneLe fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une