Bart De Wever, un hyper-tendu

L’homme le plus puissant de Flandre a accepté de se laisser filmer le jour des élections. En ressort le portrait d’une personnalité incapable d’exprimer sa joie. Un homme politique rivé sur le lendemain.

Temps de lecture: 4 min

Voilà des semaines que Bart De Wever se fait plus discret qu’à son habitude. Mais, en coulisses, dit-on, il pèse lourd sur les négociations. En jouant les médiateurs (!), comme lors de la nuit électrique du 3 au 4 septembre, durant laquelle Marianne Thyssen fut désignée commissaire européenne. Ou en mettant sur la table des propositions marquées du sceau de son parti.

Une fois le gouvernement formé, il restera bourgmestre d’Anvers et, surtout, devrait rempiler à la présidence de la N-VA. De quoi préparer, depuis la Métropole, 2019, et un éventuel nouveau round institutionnel ? Beaucoup le pensent. Bart De Wever restera, de toute façon, un personnage à nul autre pareil sur la scène politique belge.

Le reportage « Alea Jacta Est » que diffuse RTL ce soir à 22h05 montre certaines facettes de sa personnalité. Le journaliste flamand Paul Jambers l’a suivi le jour des élections, pour la chaîne VTM. Le reportage débute à l’heure où les bureaux de vote ferment leurs portes.

Principal élément qui en ressort : le côté control-freak de Bart De Wever. Il pense à tout. Quand son porte-parole, Joachim Pohlmann, cherche une chanson pour la soirée électorale. « Euphoria », propose-t-il. Bart De Wever n’a qu’un stress : de qui est la chanson ? Est-ce quelqu’un que des journalistes « mal intentionnés » pourraient retrouver et interroger sur ses sympathies pour la N-VA ? Bart De Wever a retenu la leçon des nains jaunes, utilisés lors du congrès de lancement de la campagne. Il n’avait pas fallu une semaine pour que l’artiste qui les avait créés déverse dans les médias son aversion pour le nationalisme flamand. Dans la foulée, plusieurs adversaires politiques, dont Bruno Tobback, avaient détourné l’idée. Rien ne doit donc être laissé au hasard. Ainsi, aussi, les ténors N-VA reçoivent-ils des consignes strictes, tout au long de la journée du 25. Pas question de parler avant que le président en ait donné l’autorisation.

Bart De Wever rassemble les foules et pourtant, il les déteste. C’est un autre fait notoire du reportage : le bourgmestre d’Anvers est physiquement très mal à l’aise, voire insécurisé au milieu d’une foule. Il fuit le contact physique. « Dès que je suis entouré par plus de trois personnes, ça m’angoisse. Mais, c ette fois, il y en avait plus, beaucoup plus. » Il se confie après avoir été bousculé par une horde de journalistes, après son discours de victoire au Viage à Bruxelles.

Politiquement, le reportage n’apporte pas de grande révélation. Sinon que, dès le 25 mai, il veut constituer des majorités symétriques, aux niveaux flamand et fédéral. Il l’indique d’ailleurs dans un premier jet du discours qu’il rédige pour sa soirée triomphale. Avant de retirer ce passage, sur suggestion de Ben Weyts, qui juge prématuré de dévoiler sa stratégie. On découvre un coin de cuisine interne du parti quand il révèle combien il aurait aimé voir Jean-Marie Dedecker figurer sur une liste N-VA. « Son problème, c’est toujours cette petite phrase de trop. C’est le drame de Jean-Marie. » Face à Geert Bourgeois – l’homme qui a refusé l’arrivée de l’ex-entraîneur de judo – De Wever lance : « Cela nous coûte cher ». Et Bourgeois d’acquiescer : « Oui, cela nous coûte cher », avant qu’une chape de silence ne tombe sur la pièce.

Au final, un personnage très nerveux (l’enjeu de ce 25 mai l’explique sans doute en grande partie). Tendu comme un arc. Incapable d’exprimer la moindre once de joie, alors qu’il le dit lui-même, très tôt dans la journée, « c’est fait, le parti est au-dessus des 30 %, c’est une journée historique, la N-VA a gagné ». Seule Liesbeth Homans arrive à le dérider, au nom de leur complicité, évidente. « Je n’ai pas beaucoup de talent pour être heureux ou euphorique. C’est comme ça : je pense toujours au jour suivant », confie-t-il, dans la voiture qui le ramène à Anvers. Arrivé à son domicile, son épouse lui rappelle qu’il faut sortir les poubelles. Ce qu’il fait, concluant par une de ces citations latines qu’il affectionne : « Sic transit gloria mundi » (Ainsi va la gloire du monde).

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