Le défi: réformer et s’opposer, sans fracturer

Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

Si on ferme un instant les yeux sur la nature et la volonté séparatistes de la N-VA, si on oublie un moment que la naissance de Michel Ier doit beaucoup à la haine déclenchée par l’exclusion des libéraux des majorités régionales francophones, on peut se dire que la Belgique assiste à une expérience rare avec ce gouvernement composé sur une cohérence idéologique (centre-droit/droite) et non un compromis (gauche/droite, flamand/francophone). C’est ce qui permet de lancer des mesures transgressives, impossibles ou en tout cas édulcorées dans le cas « classique ». Résultat : le modèle belge, qui a été construit et géré jusqu’à présent dans un dialogue entre la gauche et la droite, ensemble au pouvoir, va être gouverné dans un rapport d’opposition idéologique nette. Pourra-t-il survivre à ce clivage radical qui peut mener aux stigmatisations réciproques – les bons et les salauds, les traîtres et les purs, les fréquentables et les autres ? Sans vrai garde-fou dès lors que les deux camps, gauche et droite, sont désormais rangés, de façon étanche, de part et d’autre du pouvoir.

Le but des réformes structurelles annoncées (fiscalité, pensions, marché du travail, appareil d’état, compétitivité) est de permettre la modernisation du modèle belge. C’est en tout cas l’argument des partis qui sont au gouvernement, absolument contesté par l’opposition qui dénonce un massacre social. Le risque existe que cette mutation qui se fait désormais par affrontement idéologique, débouche sur une déchirure de la société belge. D’autant plus forte si les responsables exacerbent les antagonismes, ont recours à des mots extrêmes pour dénoncer l’attitude de « l’ennemi ». Autrefois, on pensait que c’était du cinéma, cette fois cela pourrait passer pour de la détestation véritable.

Si la gauche dans l’opposition mène une véritable guerre sans bornes et sans nuances, et si la droite au pouvoir réplique sur le même ton, cela pourrait provoquer une fracture sociologique au sein de la population, qui elle aussi verra l’autre (de gauche ou de droite) comme un « salaud ». En se déchirant, en s’insultant et en se délégitimant, on réussirait in fine seulement à désespérer les citoyens du politique et à fracasser le vivre ensemble des différents pans de notre société, flamande comme francophone. Nous deviendrions la France, cette société où le paysage politique est clair et compartimenté, mais où la haine traverse désormais les manifestations, les débats, les écoles, les quartiers.

Nous évoluons à un moment de notre histoire politique, sur un fil ténu, entre le plaisir d’être libéré du tamis qu’imposait le compromis, et le danger qu’il y aurait à définitivement s’en passer. Mieux vaut en être conscient aujourd’hui tant qu’il est encore temps, histoire d’agir en connaissance de cause.

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