Tolérance zéro pour le cannabis: «Un retour en arrière»

Le nouveau gouvernement Michel a mis fin, dans son accord de gouvernement, à la tolérance pour le cannabis.

La consommation et la détention de drogues dites douces seront donc poursuivies autant chez les mineurs d’âge que les chez les majeurs. Serge Zombeck, directeur de la FEDITO (la fédération bruxelloise francophone des institutions pour toxicomanes), a répondu à nos questions.

Que pensez-vous de l’accord de gouvernement sur le cannabis, qui instaure la tolérance zéro ?

« Je constate que Bart de Wever, qui avait estimé que le reste du pays suivrait sa politique de tolérance zéro envers les drogues douces instaurée à Anvers, était correcte. J’ai lu cet accord et j’y ai trouvé deux choses : d’abord le rappel que la détention et la consommation sont interdites par la loi. Ensuite, la répression de la consommation en public. Il s’agit d’un véritable retour en arrière.

Car la loi n’avait pas changé mais une circulaire organisait un régime de tolérance pour les personnes majeures, une tolérance qui allait enfin dans le sens de ce que demandaient les professionnels de la toxicomanie. On avait eu l’impression d’être entendu. »

Et que proposez-vous ?

« Nous demandons une véritable réglementation sur ce sujet, car cela fait baisser les risques pour le consommateur. Cela permet en effet de contrôler les produits consommés et d’en diminuer la dangerosité sur la santé physique comme psychique.

Je constate aussi que le MR a un double discours sur ce dossier, puisque nous avons eu le soutien de Daniel Bacquelaine dans le passé. Sur ce sujet, force est de constater que les libéraux ne sont pas très libéraux…

Pour l’instant, ce ne sont que des annonces, mais il s’agit pour le gouvernement de bomber le torse et de montrer ses muscles. »

Un politique de tolérance a donc du bon ?

« Oui, elle a eu du bon pour les consommateurs majeurs, même si c’était surtout symbolique. Il est tout de même mieux de consommer confortablement qu’en plein milieu d’un terrain vague. Je refuse cette idée, que si un produit « peut » être dangereux, alors il faut l’interdire. Un majeur a le droit de décider s’il veut prendre le risque, ou non.

Si je regarde cette affaire plus largement, je suis consterné de voir que des troubles psychologiques ou psychiques fassent l’objet de lois, comme jadis le suicide. On ne punit pas la personne parce qu’elle est dépendante à l’alcool, on punit son comportement : rouler sous l’influence, etc. »