Un gouvernement Michel dominé par la N-VA

Les ministres ont prêté serment ce samedi matin devant le Roi. Le casting comporte son lot de surprises.

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 4 min

Le gouvernement Michel prêtera serment ce samedi à dix heures. Sa composition, dévoilée par fuites et communications officielles sur Twitter, ne manque pas d’étonner.

1 Le pouvoir est en Flandre. La répartition des portefeuilles entre ministres francophones et néerlandophones souligne à quel point la parité linguistique de rigueur au fédéral est un leurre. À l’exception des Affaires étrangères, toutes les compétences régaliennes sont aux mains des partis flamands : Intérieur, Défense, Justice, Finances… Il était pourtant de tradition, au royaume de Belgique, de ne jamais donner l’Intérieur et la Justice au même « camp » linguistique ; elle n’est donc plus de mise. Ajoutez à cela les Affaires sociales et la Santé (le plus gros pan de la sécurité sociale, en termes de budget), ou encore l’Emploi, eux aussi entre des mains flamandes, et l’on obtient un gouvernement qui reflète en fait fidèlement le poids des partis du nord en son sein – 65 sièges sur 85 ! Seul bémol : le Budget, portefeuille qui permet de contrôler tous les membres du gouvernement, sera géré par le MR. Au passage, notons encore que le MR aura à gérer des dossiers immédiatement périlleux : le survol de Bruxelles pour Jacqueline Galant, le risque de black-out pour Marie-Christine Marghem. Les libéraux francophones auront aussi à mettre en œuvre des réformes déjà contestées par les syndicats : l’allongement des carrières ou le service minimum à la SNCB.

2 La N-VA se taille la part du lion. Avant que l’équipe ne soit constituée, il semblait déjà évident que la N-VA serait un élément dominant de la coalition suédoise, elle en a du reste la légitimité électorale (33 sièges sur 85). Bart De Wever a indéniablement réussi à convertir son poids en portefeuilles. Les nationalistes flamands n’ont droit qu’à cinq portefeuilles (trois ministres et deux secrétaires d’Etat), mais ils ont hérité de compétences particulièrement costaudes : Intérieur, Finances, Défense, Fonction publique, Asile et Immigration, sans oublier la Régie des bâtiments, la Lutte contre la fraude, la Lutte contre la pauvreté ou encore la Politique scientifique… A noter que plusieurs de ces portefeuilles sont à haute valeur linguistique. Le ministre de l’Intérieur a ainsi, notamment, la responsabilité du respect des lois linguistiques. Son collègue de la Défense devra gérer une Grande Muette au sein de laquelle… le MR a maintes fois dénoncé la sous-représentation francophone. Et que dire, enfin, de la Fonction publique, où l’équilibre francophone/néerlandophone est loin d’être assuré dans les niveaux dirigeants.

3 Les compétences sont éparpillées. Soyons de bon compte : toute répartition de compétences amène toujours son lot d’incohérences. Le gouvernement Michel ne fera, à cet égard, pas exception à la règle. On a certes échappé à la séparation entre les Affaires sociales et la Santé (que réclamait le CD&V). Et il est sans doute plus cohérent de regrouper chez Jacqueline Galant la SNCB avec la Mobilité plutôt qu’avec les autres entreprises (un peu moins) publiques que sont Belgacom ou la Poste, logées chez Alexander De Croo. Mais délier l’Intégration sociale (en clair : les CPAS) de la Lutte contre la Pauvreté laisse perplexe. De même que le redécoupage en deux parties de la Lutte contre la fraude ne semble pas la meilleure idée. Enfin, chaque équipe apporte sa dose de créativité. La palme revient cette fois à cette nouvelle matière baptisée « Agenda numérique », à charge pour Alexander De Croo de lui donner un contenu concret.

4 Une impression de surnuméraire. Les compétences se répartissent entre partis ; les présidents les attribuent ensuite comme bon leur semble à leurs ministres. Sans oublier les secrétaires d’Etat puisque, pour augmenter le nombre de mandataires flamands, le gouvernement Michel en aura quatre (2 N-VA, 1 CD&V, 1 VLD). Las, la maigreur du portefeuille de certains d’entre eux laisse une désagréable impression d’un gouvernement surnuméraire. Ainsi, autant Théo Francken aura fort à faire avec l’Asile et l’Immigration, autant Pieter De Crem devrait sans doute pouvoir ralentir le rythme. Relégué, pour des raisons internes au CD&V, du statut de vice-Premier à celui de secrétaire d’Etat, il sera en charge du seul Commerce extérieur, largement régionalisé…

5 Une équipe d’inexpérimentés. Un nouveau Premier ministre et, surtout, dix des dix-huit membres du gouvernement qui n’ont jamais exercé la moindre compétence ministérielle, voilà qui décoiffe. Cela peut offrir un coup de fraîcheur au fédéral… Mais cela peut aussi amener son lot de problèmes ou conflits dus à l’inexpérience. Novice en politique fédérale, la N-VA envoie ainsi cinq personnes, dont son vice-Premier, qui n’ont jusqu’ici connu que les bancs parlementaires.

6 Une équipe masculine. « Le gouvernement fédéral mènera une politique en faveur des femmes. » Cela figure en toutes lettres à la page 214 de l’accord de gouvernement. A cet égard, la photo de famille risque d’être cruelle pour la coalition suédoise, ce samedi : quatre femmes seulement, entourées de quatorze hommes !

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