Sainte-Adresse, capitale de la Belgique

Le 13 octobre 1914, dans la soirée, une délégation française menée par le ministre de la Marine, Victor Augagneur, attend au Havre l’arrivée de deux navires – le « Pieter De Coninck » et le « Stad Antwerpen » – en provenance de Belgique. Y sont embarqués neuf des dix membres du gouvernement belge, en provenance d’Ostende où l’exécutif a séjourné du 6 au 13. Seul Charles de Broqueville, resté à Dunkerke, n’est pas du voyage. Après les réceptions d’usage, les ministres sont escortés vers Sainte-Adresse, petite station balnéaire située à 3 km du grand port normand et à près de 400 km de Bruxelles.

Une petite station balnéaire choisie comme refuge après la chute d’Anvers, le gouvernement ayant demandé l’hospitalité à la France, laquelle la lui a immédiatement accordée.

La localité, disposant du potentiel immobilier nécessaire pour loger les ministres et leurs services, devient dès lors pour quatre ans la capitale de la Belgique. Chaque ministre y dispose de son propre pavillon. Ils se réunissent à l’Hôtellerie Sainte-Adresse et les administrations sont réunies dans le grand immeuble Dufayel. Plusieurs centaines de fonctionnaires belges mais aussi une garnison de 4 000 militaires y sont rassemblées.

Le gouvernement est composé de dix ministres, tous catholiques. Le chef du cabinet (l’équivalent de l’actuel Premier ministre) Charles de Broqueville – également ministre de la Guerre – ne réside qu’épisodiquement à Sainte-Adresse, préférant séjourner près de la frontière, où se trouvent l’armée et le Roi. Dès janvier 1915, l’occupant déclare nulle les décisions prises à Sainte-Adresse, interdisant aux fonctionnaires restés au pays de percevoir leurs émoluments via les autorités en exil.

En 1916, le Roi demande au chef de cabinet de faire entrer au gouvernement trois membres de l’opposition (les libéraux Paul Hymans et Eugène Goblet d’Alviella ainsi que le socialiste Émile Vandervelde), créant ainsi la première coalition tripartite de l’histoire du Royaume. Deux ministres ne reverront jamais la patrie : Louis Huysmans et François Schollaert mourront en effet à Sainte-Adresse, respectivement en 1915 et 1917.

Les ministres belges, les fonctionnaires et les militaires ne sont pas les seuls à fuir la Belgique occupée. Dès le début août 1914, des cohortes de civils sont jetées sur les routes, constituant ce que les historiens appellent « la Belgique de l’extérieur ». Un million et demi de personnes a fui les combats pour se réfugier non seulement en France, mais aussi en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas.

En novembre 1918, de 500 000 à 600 000 réfugiés vivaient toujours hors des frontières.