Jean-Claude Servais pour un long raid vers Compostelle

Voilà 34 ans que Jean-Claude Servais a entamé sa carrière de dessinateur avec toujours les villages de Gaume comme décor à ses histoires. 34 ans, quelques dizaines de livres et puis, voilà 2014 et un tournant. Pas dans le coup de crayon, mais dans le fond de l’histoire. « Je me suis lancé dans autre chose que raconter des histoires dans nos patelins, dit-il. Avant, je n’avais pas la maturité pour le faire. »

En fait, c’est son éditeur qui lui a lancé le défi de partir sur d’autres chemins, ceux de … Compostelle : un fil conducteur lié à la volonté de reconquérir un lectorat en France.

« Mes albums ne sont pas bien distribués en France. Dans les festivals, hormis Angoulème qui est très parisien, il y a pourtant beaucoup de monde. Mais le public ne connaît pas mes nouveautés. Le marché français est fort branché sur Paris, sur les mangas, sur les grandes surfaces. Je ne suis nulle part dans ce trio. J’ai dessiné Orval, Godefroid de Bouillon, pourquoi pas Compostelle ? »

Le Gaumais s’est donc lancé un challenge de taille, un projet ambitieux qui va s’étirer sur sept tomes normalement. Des albums sur les chemins de St-Jacques, au départ de diverses routes qui permettront de découvrir le patrimoine de la France sous toutes ses formes. Avec quelques incartades qu’il assume, puisqu’une des routes part de Belgique, via Orval, ce qui n’est pas tout à fait sur la route même si Avioth n’est pas loin... La B.D le permet, car ce n’est pas une série historique.

Servais a donc effectué des recherches comme toujours, cette fois-ci en dehors de sa bibliothèque inondée de livres régionaux.

« J’ai trouvé des DVD racontant un voyage alchimique au départ de Bruxelles, voyage qui correspond aux chemins de Compostelle. Il y a d’ailleurs des symboles alchimiques dans les statues sculptées sur les bâtiments de la Grand-Place, comme à Chartres, Notre-Dame de Paris. J’ai été fasciné par ce voyage. L’alchimie permet de parler de notre patrimoine. Ainsi, la bière, c’est un peu d’alchimie… »

Quatre personnages vont trouver leur voie au départ de 4 villes. Dont Blanche, dite « Petite licorne » qui suivra la route de son grand-père brasseur, au départ du sud de la Belgique. Un grand-père qui a les traits de Bernard Tirtiaux, un maître-verrier hennuyer. Les autres partiront du Mont-St-Michel, du Finistère breton et des Alpes suisses.

Jean-Claude Servais reste néanmoins ancré à des sites connus ou moins connus qu’il dessine avec précision. La Grand-Place, un morceau de choix !, mais aussi la brasserie Millevertus de Breuvanne et l’atelier de Laurent Toussaint de Ruette, créateur de la licorne avec des pièces métalliques récupérées. « Ceci pour nourrir l’intrigue mais dans un but documentaire. Avec mes personnages, je vais chercher ce qui me touche et qui fait partie de notre patrimoine, comme la bière. Ailleurs, ce sera autre chose…»

Voilà donc un premier tome qui met en place toute l’histoire qui va s’étirer en 7 tomes et va croiser divers destins sur les chemins de Compostelle. Le scénario est dense et complexe, et le lecteur devra s’en imprégner totalement s’il ne veut pas perdre la trame de ce puzzle néo-servaisien…

« Les Chemins de Compostelle » , La Petite Licorne (tome 1), 80 pages, chez Dupuis. 2dtion classique à 16,50 euros, édition spéciale à 30 euros. Présentation de la B.D ce week-end, salle communale de Torgny : vendredi à 18h suivi à 20h d’une conférence sur Compostelle. Samedi et dimanche, visite commentée et découverte de St-Jacques à la basilique d’Avioth. De 14 à 18h à Torgny, expos d’œuvres de L. Toussaint, dégustation de bières Millevertus et vente-dédicace des B.D, ex-libris et tirés-à-part du Club de la B.D de Florenville.