«Grâce à l’aquaponie, des protéines animales et des légumes sont produits au même endroit»

Haïssam Jijakli est professeur en agriculture urbaine à Gembloux Agro-Bio Tech (ULg).

Temps de lecture: 3 min

Les travaux du Pr Haïssam Jijakli visent à produire de la nourriture saine en pleine ville, via les techniques d’aquaponie et d’hydroponie

L’aquaponie, qu’est-ce que c’est ?

C’est une technique de culture de végétaux en symbiose avec l’élevage de poissons. Il s’agit d’un système fermé où les déjections des poissons sont, par l’action de bactéries, transformées en nitrites puis en nitrates. L’eau chargée en nutriments est alors pompée et injectée au niveau des légumes qui se nourrissent de cet engrais facilement assimilable. Dans un premier temps, on s’est concentré sur le tilapia, une espèce tropicale d’eau douce. Mais, on veut désormais travailler avec des poissons supportant des températures plus basses, comme les carpes et les truites.

Vous avez créé un projet pilote d’aquaponie urbain en aménageant un conteneur maritime en fin de vie…

L’intérieur a été isolé pour éviter les déperditions de chaleur et maintenir aisément l’eau à une température de 25-26 ºC exigée par le tilapia. La serre avec les végétaux, comme les tomates et les laitues, est placée au-dessus du conteneur. Donc au même endroit, sur un espace ne requérant pas plus de deux emplacements de parking, sont produits des légumes et des protéines animales. Un tel système peut nourrir plusieurs familles. De plus, en travaillant en circuit fermé ou semi-fermé, l’aquaponie permet de rationaliser la consommation d’eau. Elle est 90 % plus faible que celle du système conventionnel.

En aquaculture, les antibiotiques sont utilisés massivement. L’usage des pesticides est généralisé dans les cultures. Qu’en est-il en aquaponie ?

Dans la législation, il est spécifié que les plantes de culture ne peuvent pas recevoir d’antibiotiques et que les poissons d’élevage ne peuvent pas être mis au contact de pesticides. L’aquaponie se caractérisant par une circulation de l’eau en circuit fermé entre ces types d’agriculture, elle n’autorise dès lors ni l’usage d’antibiotiques ni celui de pesticides. Cela nous force à être innovants pour trouver des solutions autres permettant d’éviter les maladies.

Quelles formes prendra l’agriculture urbaine ?

A Liège, plusieurs projets d’aquaponie sont d’ores et déjà en cours d’élaboration, de même qu’à Bruxelles où va se construire un éco-quartier intégrant des potagers sur les toits. Idéalement, les cultures de végétaux sont placées sur des toits plats, tandis que les bassins de culture de poissons sont posés au sol. Autre chose, nous mettons au point un système pour que les particuliers et les entreprises puissent produire eux-mêmes des légumes à l’intérieur avec une certaine autonomie. Il s’agit d’hydroponie.

Comment cultive-t-on en hydroponie ?

Il faut imaginer un bac dont le fond est couvert d’un fin support dans lequel passe un courant d’eau chargé en nutriments nécessaires à la croissance des végétaux. A défaut de terre, l’intersection entre les racines et les feuilles des pousses est particulièrement fragile. C’est pourquoi nous sommes en train d’adapter le système hydroponique professionnel aux particuliers. En installant un bac d’hydroponie d’un mètre sur un mètre dans leur salon, ils pourront espérer cultiver 15 laitues fraîches toutes les 6 semaines.

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