C’est la culture fédérale qu’on assassine

Un massacre. C’est le mot qui revenait hier dans la bouche de ceux qui gèrent ou suivent la culture ou la science au niveau fédéral belge. Moins 30 % sur 5 ans pour les musées fédéraux, la suppression de Belspo etc., etc. : voilà l’ordre de mission dont ont hérité une dizaine d’institutions fédérales belges. Pour certaines d’entre elles, cela revient à fermer leurs portes, pour d’autres, à devenir un outil vide, avec l’argent des bâtiments, mais pas des spectacles ou expositions. Notre spécialiste opéra, Serge Martin, tire la conclusion pour La Monnaie : « On voudrait casser l’outil qu’on ne s’y prendrait pas autrement. » C’est que, par exemple pour la Monnaie, on touche à un bijou incomparable : nommée opéra de l’année, alors que Romeo Castelucci était couronné metteur en scène européen de l’année pour « Orphée et Eurydice », une création due à la créativité de La Monnaie et à l’audace de son directeur Peter De Caluwe.

Epargner serait-il au-dessus de la condition des artistes et des scientifiques alors que les profs, les pensionnés et, de manière générale, les administrations publiques trinquent dans la même ampleur ? Evidemment, non. Mais il y a derrière ce dépeçage, des choses extrêmement choquantes et surtout très inquiétantes pour ce pays.

En fait, inadmissibles.

1) Pas de communication, des chiffres découverts au hasard d’un document budgétaire : après la SNCB, voilà qu’on remet cela sur la culture et la science au fédéral. Pas de concertation, pas de dialogue avec les commissaires de gouvernement. C’est irrespectueux pour les maisons concernées, c’est surtout criminel pour des maisons qui sont construites avec peu et produisent de la créativité, matière hautement fragile et rare dans ce pays. C’est en prime si peu courageux.

2) Des coupes à La Monnaie, dans les musées fédéraux, etc. mais avec quelle finalité pour la culture, quelle vision d’ensemble de la politique et du soutien à la science pour le pays ? Pour ces institutions séparées entre deux ministres, quelle est la logique autre que budgétaire, quel est le désir nourri pour elles, par le gouvernement ? Quelle aide vont-elles recevoir pour les guider et les aider à survivre au mieux, mais au fond est-ce souhaité ? Rien, personne, aucun interlocuteur mais surtout aucune vision. C’est très peu glorieux.

3) C’est la culture qu’on touche mais c’est la culture fédérale qu’on assassine. Les budgets culturels en Régions ont été revus à la baisse. Mais ce n’est rien en comparaison de ceci : c’est comme si ce gouvernement avait décidé que la culture fédérale était superfétatoire et devait être réduite à rien. Nombre de victimes de ces coupes voient dans ce massacre la signature de la N-VA : vider le culturel fédéral de sa substance, c’est rayer de la carte, les projets « belges » que les deux communautés non pas co-gèrent mais portent ensemble, en commun, mélangées. Certes le MR assume sa part du sale boulot – il s’agit ici du programme du gouvernement Michel et La Monnaie est sous la tutelle de Didier Reynders – mais est-ce un hasard si Peter De Caluwe fut parmi les plus vifs détracteurs du nationalisme ?

La nécessité budgétaire va justifier nombre de coupes à nombre d’endroits mais il faut remarquer que les frappes qui s’opèrent déciment les éléments qui font du lien entre les Communautés. Comme si le fil des restrictions culturelles suivait le fil d’un confédéralisme qu’on installe en sous-main, mine de rien.

Qui avait donc dit qu’il y a mille et une façons de faire du communautaire ?

Ceci en est une autre.