SNCB: 3 milliards d’économies imposées en 5 ans

Comme la météo, la saison budgétaire est décidément à la dépression dans le monde du chemin de fer belge. Après avoir découvert que le nouveau gouvernement leur imposait une diminution cumulée de 2,128 milliards d’euros sur le mandat 2015-2019, certains se sont souvenus que le précédent gouvernement avait déjà inscrit des économies pour 2015.

Aux 188 millions imposés par la majorité Michel-Jambon pour le seul exercice 2015, il faut donc ajouter les 150 millions déjà prévus par la majorité Di Rupo-De Crem. Ce sont donc 338 millions qui devront être épargnés, sans qu’aient été déterminées les répartitions entre SNCB et Infrabel, ni entre « opérationnel » et « investissements ». Sur une dotation initiale de 3,3 milliards, ça représente donc une économie de 10 %.

Si on fait le cumul des différentes économies imposées entre 2015 et 2019, sur une dotation globale estimée à 17 milliards, ce ne sont plus 2,180 milliards d’économies qu’il faut additionner mais bien 750 millions en plus (cinq fois les 150 millions du précédent gouvernement), soit 2,878 milliards d’économies. Un document du SPF Mobilité y ajoute encore un impact du saut d’index (152 millions qui seront neutralisés par une non-dépense équivalente) et la suppression de la dotation GO Pass pour les moins de 16 ans (17 millions), plus diverses autres économies (24 millions). Total final : 3,06 milliards en cinq ans. Soit 18 % des moyens par rapport à la situation actuelle.

Ces chiffres sont confirmés par un courrier que le SPF Mobilité a adressé aux deux entités du groupe ferroviaire, Infrabel et la SNCB. Vendredi vers 17h, la veille du week-end donc, les deux sœurs de fer ont donc reçu une demande du service fédéral qui leur laissait jusqu’à mardi avant 10h pour faire des propositions permettant d’atteindre ces différentes économies entre 2015 et 2019. En guise de réponse, celles-ci ont poliment décliné l’invitation du SPF à imaginer des économies à la place des politiques. Les deux entités ont d’abord demandé des éclaircissements sur le tableau budgétaire qui leur a été présenté « s’agissant d’une modification structurelle de notre financement à hauteur d’un montant inédit qui touchera inévitablement aux fondements de nos stratégies », elles demandent à se concerter et à pouvoir s’inscrire « en cohérence avec les objectifs du gouvernement ». Infrabel et la SNCB invitent donc le SPF à ne rien indiquer quant à la répartition des efforts à réaliser entre les deux entités du groupe, ni entre les aspects opérationnels et les investissements. Traduction polie de « retour à l’expéditeur ».

Rencontre « polie » entre la ministre et les syndicats

C’était le premier rendez-vous officiel, dans un contexte social et politique sensible et après une première entrevue bruyante avec des manifestants lundi, sur les rails près de Dinant . Des syndicats reçus un par un, ce qui est assez inhabituel, dans les bureaux du MR, ce qui l’est beaucoup plus. Parce que la ministre ne dispose pas encore de ses propres locaux explique sa porte-parole. Ça devrait être arrangé ce jeudi. « Il s’agissait d’une première prise de contact » explique-t-on chez la ministre. « Elle nous a surtout écoutés » détaille-t-on à la CGSP-Cheminots. « Une visite de courtoisie » tempère-t-on à la CSC-Transcom.

La ministre a souligné auprès des syndicats sa volonté de maintenir le dialogue social. «  La concertation sociale, et ceci est inscrit dans l’accord de Gouvernement, est aussi pour moi très importante. » Pas un mot ne semble avoir été échangé sur la situation sociale actuelle et les grèves surprises organisées ces derniers jours. « Nous n’avons pas non plus eu de détail concernant l’évolution de la dotation ou sur une accélération de la libéralisation du trafic national » poursuit un représentant de la CGSP-Cheminots.

Quelques heures plus tard, CGSP et CSC se retrouvaient, ensemble cette fois, devant la direction des ressources humaines du Groupe SNCB pour évoquer les grèves présentes mais aussi à venir. La direction s’inquiète du calendrier d’actions nationales décrétées par les syndicats, notamment de cette grève générale qui doit paralyser le pays le 15 décembre, le deuxième jour d’application du nouveau plan de transport.

Wallonie : le gouvernement a les pires craintes

À Namur, parlementaires et ministres suivent de très près l’évolution du dossier SNCB et le train d’économies drastiques porté par Jacqueline Galant (MR). L’inquiétude est de mise. Elle l’était déjà il y a deux ans lorsque la SNCB préparait son plan d’investissement 2013-2025 (25 milliards).

Les députés Dimitri Fourny (CDH) et Christie Morreale (PS) ont demandé au gouvernement qu’il soit attentif à la situation. Pas question, disent-ils, que des projets aussi essentiels au développement régional que la modernisation de l’axe Bruxelles-Namur-Luxembourg ou la préservation des petites lignes, pâtissent de l’austérité. Le ministre Maxime Prévot n’est pas rassuré, lui non plus : « Les dix-huit projets wallons qui sont prioritaires à nos yeux doivent être concrétisés, mais le gouvernement a des doutes quand il voit par exemple le RER se développer à deux vitesses. Nous ne voulons plus que la Wallonie soit la cocue du dossier ferroviaire. »