Herman Van Rompuy sort par la grande porte

Chef du service Monde Temps de lecture: 3 min

Le sommet européen qui s’est ouvert hier après-midi à Bruxelles est le premier de Charles Michel. C’est aussi le premier de Stefan Löfven, un vrai Suédois celui-là. Avec vingt-huit chefs d’Etat ou de gouvernement, le Conseil européen est un biotope instable…

Mais ce sommet sera surtout le dernier de José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne depuis dix ans, et de Herman Van Rompuy, l’hôte de la réunion, en place depuis cinq ans – les deux hommes clés de l’édifice institutionnel européen.

Il faudra plus de recul, et que retombent les passions post-électorales de ces derniers mois, pour dresser les bilans. On peut néanmoins constater que si de nombreux reproches sont adressés à José Manuel Barroso, globalement pour mollesse politique, Herman Van Rompuy s’apprête à sortir par la grande porte.

Ce n’est pas par là qu’il était entré, en novembre 2009. « Qui est cette souris grise ? », s’était demandé l’Europe – selon ses mots à lui. Largement inconnu, et souffrant d’une mauvaise image, il avait même été traité de « chiffe molle » devant le Parlement européen par l’europhobe britannique Nigel Farage.

Aujourd’hui, l’Europe, qui a appris à le connaître, ne tarit pas d’éloges. En résumé et en substance, on entend : il a été nommé pour rapprocher les points de vue et bâtir des compromis, et il a excellé à la tâche. Il a, du reste, réussi malgré d’immenses difficultés, malgré la culbute de Lehman Brothers et ses suites, malgré les combines grecques et leurs conséquences, malgré la crise de la dette, malgré les sales petits jeux des spéculateurs, malgré le couple Merkozy qui s’était érigé en directoire, malgré Hollande et Renzi qui jouent aux justiciers, etc.

Il n’est jusqu’aux Grecs pour applaudir l’action de Herman Van Rompuy. Ils savent ce qu’ils lui doivent – en termes de solidarité européenne.

L’Europe a découvert les compétences de l’homme qui a grandement contribué à sauver l’euro. Elle a également découvert son humour. Il convient à cet égard de demander leur avis à la vingtaine de journalistes européens qu’il réunissait après les sommets pour les débriefer en « off ». Rares moments de vérité politique et de plaisir…

L’Europe a enfin découvert son humanité, sa simplicité. Celle-ci s’exprimait aussi par son empressement à se débarrasser de ses gardes du corps. Le soir, à peine l’avaient-ils ramené chez lui, à Rhode-Saint-Genèse, qu’il sortait seul pour promener le chien de la famille.

Puis le petit animal est mort, pleuré par tous les Van Rompuy. A la sortie en 2013 de son second recueil de haïkus, célébrée en grande pompe à l’ambassade du Japon à Bruxelles, le président du Conseil européen avait, sans s’en expliquer, lu celui-ci (en anglais) : « Un vieux chien va d’un pas lent/ fidèle à côté de son vieux maître./ Vieillir ensemble. »

Oui, Herman Van Rompuy a manqué de panache ! Oui, il aurait peut-être dû chercher la lumière, sinon pour lui du moins pour sa fonction. Qu’il est bon cependant de saluer, de son vivant, un grand Belge et un grand Européen. Vieillir ensemble…

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