Des pavés indiens devant chez le ministre

Le chantier des quais de Meuse avance bien. Les habitants ont même pu s’apercevoir que les trottoirs commençaient, depuis plusieurs jours, à se dessiner. Le travail est colossal : 5.000 m² de pavés sont à placer. Seulement voilà, les pierres choisies proviennent toutes d’Inde, et non des carrières wallonnes déjà en souffrance.

Car le constat est là. Implacable. La pierre wallonne se porte mal. La faute aux pierres asiatiques. Moins chères, elles inondent le marché en quantité. La qualité, par contre, laisse à désirer.

Face à ce constat, le ministre wallon de l’Économie, le Liégeois Jean-Claude Marcourt, avait pris le taureau par les cornes en faisant voter une circulaire au Gouvernement wallon. L’idée : insérer des clauses sociales, éthiques et environnementales dans les marchés publics d’aménagements urbains.

Le but : favoriser, de manière indirecte et en respectant la législation sur les marchés publics, la pierre wallonne.

Circulaire non appliquée

Seulement voilà, la circulaire n’est pas appliquée aujourd’hui. Du moins pas au Service public de Wallonie, « Nous n’avons pas encore intégré la circulaire dans notre cahier ‘routes’», confirme Laurence Zanchetta, porte-parole du SPW.

Le problème étant qu’une circulaire n’est pas contraignante…

Dans le cas du chantier des quais de Meuse, cela n’aurait rien changé, le marché public ayant été passé en 2011-2012. Toujours est-il qu’à nouveau, ce sont les pavés en provenance d’Asie qui sont choisis. Et cela devient une habitude.

Pierres chinoises au Cadran, pavés indiens place de la République-Française, pierres tunisiennes dans l’Îlot Saint-Michel… Pierres indiennes également aux Guillemins et en Hors-Château. Bref, à part des utilisations ponctuelles, la pierre wallonne est boudée.

D’un point de vue strictement légal, rien d’anormal. Des appels d’offres sont lancés, avec des critères précis. Ensuite, des tests sur chantier et en laboratoire sont effectués sur plusieurs échantillons du lot total. Dès lors que les pierres réussissent tous les tests, rien n’empêche de les placer.

Pour en revenir aux pavés des trottoirs des quais de Meuse, tous seront donc chinois.

Paradoxe : le ministre Jean-Claude Marcourt, auteur de la circulaire et défenseur de l’utilisation de la pierre wallonne, aura donc devant chez lui, avenue Blonden, des pavés asiatiques. Un comble.

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