Jérôme Jamin: «Les républicains sont contre Obama mais n’ont pas de programme»

Les républicains ont largement gagné les élections de mi-mandat aux États-Unis, prenant ainsi le contrôle du Sénat et renforçant leur majorité à la Chambre des représentants. Un sérieux revers pour Barack Obama qui voit sa marge de manœuvre considérablement réduite pour le reste de son mandat.

Jérôme Jamin, professeur en Science politique à l’Université de Liège, a répondu à vos questions.

Quel est l’intérêt d’avoir des élections de mi-mandat qui mettent le pays sans dessus dessous ?

Les élections de mi-mandat permettent de diminuer l’excès de pouvoir lié aux prérogatives de la Maison Blanche. Hélas, et c’est logique dans un régime démocratique, elles servent aussi à ruiner les objectifs de l’adversaire, ce qui peut choquer l’évolution politique du pays.

Ces élections peuvent-elles vraiment affecter les pouvoirs du Président ?

La Maison Blanche et le Congrès se tiennent mutuellement. La première peut mettre un veto à une disposition législative, le second peut couper, voire annuler le budget d’une initiative présidentielle. Les deux acteurs doivent s’entendre, et le système est fait pour cela. Ici, un peu comme en Belgique lors de la crise institutionnelle, le système est déréglé en raison de désaccords trop forts pour que l’échange mutuel soit sain.

Pourquoi Obama est-il dévoyé alors que la croissance est revenue et que le chômage baisse ?

Ces bonnes nouvelles arrivent un peu tard pour son mandat – non pas que les effets aient pu venir plus vite, mais parce qu’on exige aujourd’hui des résultats immédiats. Les cycles électoraux sont tellement serrés qu’il est difficile pour un élu de pouvoir bénéficier des avantages de ses politiques publiques.

Pourrait-on voir dans le futur des candidats démocrates aux primaires américaines se distancer clairement de Barack Obama ?

Contrairement à ce qui se passe en Belgique ou en France, les gouverneurs, les députés et sénateurs peuvent ouvertement s’opposer à leur Président sans risquer une sanction interne au parti. Ils ont une large autonomie qui repose sur leur base électorale et leur poids financier. Les républicains sont à ce jour dans une situation risquée : être contre Obama sans être en possession d’un programme politique. Jeu dangereux qui devra prendre fin rapidement s’ils veulent être capables de faire face à Hillary Clinton.

Y a-t-il des précédents à la situation d’Obama ?

C’est en fait un phénomène structurel, surtout après deux mandats et trois élections de mi-mandats. Tous les présidents ont connu ce phénomène. Et Bill Clinton ne devait à l’époque son succès populaire que parce qu’il avait été extrêmement malmené par la tentative de procédure d’impeachment. Ce phénomène n’est pas très différent de ce que l’on peut voir en Europe.