Première sortie ratée pour la Commission Juncker

Chef du service Monde Temps de lecture: 2 min

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Mais l’absence d’hirondelle témoigne-t-elle de la persistance de l’hiver ? En tout cas ce mardi, aucune hirondelle n’a été vue lors de la première intervention publique de la Commission européenne.

En annonçant que sa Commission serait celle « de la dernière chance », en promettant que celle-ci serait « politique », Jean-Claude Juncker a placé très haut la barre des attentes. Elles étaient donc grandes, lorsque Jirki Katainen et Pierre Moscovici sont montés sur l’estrade de la salle de presse présenter leurs prévisions économiques d’automne. Mais en annonçant que « les prévisions ne sont que des faits et des chiffres », M. Katainen a d’emblée contredit la promesse de M. Juncker. L’affirmation était d’ailleurs fausse. En débitant sur un ton froid et mécanique une défense des politiques de rigueur plus doctrinale encore que ce qu’on entendait sous Barroso – cela paraissait difficilement possible – le tandem Katainen-Moscovici a bel et bien envoyé un message politique : rien n’a changé. Etait-ce le message souhaité ?

Les politiques de « consolidation budgétaire », nouvelle appellation de l’austérité, sont amplement contestées par les économistes : si l’économie peine à reprendre parce que personne n’ose investir, comme le constataient pourtant à regret les deux commissaires, il faut bien que les États prennent momentanément la relève de ces investissements. Jean-Claude Juncker semble avoir fait la même analyse : il a annoncé un plan pour 300 milliards d’euros d’investissements, auxquels les États devraient contribuer significativement.

Hier pourtant, M. Katainen, chargé de coordonner ce fameux plan, a clairement donné raison à l’Allemagne d’Angela Merkel, qui préfère utiliser ses surplus pour réduire son endettement plutôt que d’investir ou de garantir des investissements. (Ce faisant, la chancelière dresse un obstacle majeur au plan de 300 milliards.) Quant à M. Moscovici, un social-démocrate qui veut visiblement gagner sa légitimité budgétaire, il est entré dans la religion qui interdit aux États de s’endetter pour investir.

Avec cette prestation étrange, pour ne pas dire piteuse, la Commission Juncker a raté la première, donc la meilleure occasion pour faire montre de parler vrai à l’intention des citoyens, et de gouvernements qui savonnent déjà la planche de son président.

Ce jeudi après-midi, Jean-Claude Juncker ouvrira, en compagnie prestigieuse de Jacques Delors, le colloque de L’Obs et du Soir sur « L’Europe maintenant ou jamais ». Le « maintenant » n’a pas eu lieu mardi. Espérons qu’il débutera jeudi.

 

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