Manifestation nationale: Charles Michel condamne des violences «inacceptables» (photos et vidéos)

Les affrontements entre les manifestants et la police de Bruxelles (voir les photos ci-dessous) ont fait une vingtaine de blessés jeudi. Au cabinet du bourgmestre et chef de la police, Yvan Mayeur (PS), on a annoncé plusieurs dizaines de policiers blessés dont deux grièvement. Une trentaine de casseurs ont été arrêtés, a indiqué dans la soirée le porte-parole de la police de Bruxelles-Capitale, Christian De Coninck.

La Croix-Rouge déclenche le Plan d’interventions médicalisées

À 17 heures, le bilan faisait état de 36 interventions et de 24 évacuations vers des hôpitaux. Des manifestants et douze policiers figurent parmi les blessés mais leur vie n’est pas en danger, a rapporté un responsable médical.

La Croix-Rouge de Belgique avait installé un poste médicalisé fixe à hauteur du 5 de la rue de l’Hôtel des Monnaies à Saint-Gilles et prévu une ambulance supplémentaire. Le dispositif normal comptait déjà une vingtaine de secouristes répartis autour de deux ambulances, deux équipes d’intervention motorisées et deux postes de soins mobiles.

Yvan Mayeur sort de ses gonds, Charles Michel appelle à la concertation

Après les affrontements, le bourgmestre de Bruxelles a vivement réagi : « Je veux dénoncer ces quelques dockers anversois et des types qui, pour moi, sont de véritables hooligans et qui sont venus casser Bruxelles. Pour moi c’est inadmissible. Ce n’est l’objectif de la manifestation ni l’objectif social des organisations syndicales. »

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Le Premier ministre Charles Michel a fermement condamné les violences «  inacceptables » et appelé à la concertation sociale, tout en maintenant le projet de saut d’index. La manifestation relève d’un droit démocratique et légitime, a souligné M. Michel sur RTL-TVi, mais les violences perpétrées par certains manifestants ne sont « en aucun cas acceptables ». «  La justice devra faire son travail », a-t-il affirmé, rejetant toute idée d’impunité.

Syndicats et gouvernement se rencontrent

Une réunion entre les représentants syndicaux et le comité ministériel restreint a eu lieu à 17 heures au 16, rue de la Loi.

À l’issue de la réunion, le gouvernement fédéral a chargé le ministre de l’Emploi Kris Peeters de renouer « en toute discrétion » le dialogue social. «  Nous allons ouvrir la discussion dans le respect de l’accord de gouvernement », a affirmé Kris Peeters à l’issue d’une rencontre avec les syndicats qui a duré une heure. «  Le but, c’est de voir les éléments sur lesquels nous pouvons discuter. J’ai été chargé de prendre des contacts discrets avec les syndicats, mais aussi avec les organisations patronales afin de remettre le Groupe des Dix autour de la table. Nous montrons ainsi que nous sommes ouverts au dialogue social. » Le ministre de l’Emploi a toutefois rappelé qu’il n’était pas question de revenir sur plusieurs mesures prévues dans l’accord de gouvernement, dont le saut d’index.

Côté syndical, la CSC a salué ces «  initiatives visant à rétablir la confiance », selon les termes utilisés par la secrétaire générale Marie-Hélène Ska. «  Le gouvernement a semblé être à l’écoute, nous espérons que cela débouchera sur de la confiance », a-t-elle ajouté. Olivier Valentin de la CGSLB a également salué ce «  premier contact le soir même de la manifestation. » Pour la FGTB, le secrétaire général Marc Goblet a dit espérer qu’« une concertation puisse rapprocher les points de vue ». Il s’est néanmoins montré dubitatif sur la méthode. «  Nous préférons d’abord la concertation bipartite patrons-syndicats avant la tripartite avec le gouvernement », a-t-il indiqué.

En attendant les discrètes prises de contact du gouvernement, le front commun syndical a rappelé que le plan d’actions prévu jusqu’au 15 décembre, jour de grève générale, était maintenu.

Au moins 100.000 manifestants

Les syndicats attendaient 100.000 manifestants dans les rues de Bruxelles et ce cap symbolique semble être largement dépassé.

Combien étaient-ils exactement ? 120.000 selon les syndicats, 100.000 selon la police. Un chiffre toujours difficile à établir, d’autant plus que, beaucoup de manifestants sont restés à quai par manque de trains pour les emmener à Bruxelles. D’autres encore ont pris les devants et se sont rassemblés en avant de la tête officielle du cortège, ce qui, selon nos informations, a compliqué les comptages de la police.

Quoi qu’il en soit, les manifestants étaient très nombreux, donc, venus du nord et du sud du pays, et particulièrement remontés. Ils travaillent pour Delhaize, Picanol, bpost, TechSpace Aero, sont dockers, métallos, syndicalistes, membres d’un parti d’opposition, d’une association.

« Touchez pas à l’index »

Dans la foule, les slogans ont fleuri : « Touchez pas à l’index », « Sale temps pour les travailleurs, sale temps pour la Belgique », « Travailler jusqu’à 67 ans, pas question » ou encore « Charlot, touche pas à nos acquis », pouvait-on lire sur les calicots.

Marc Leemans, président de la CSC : « On trouve 11 milliards dans la poche des travailleurs. Les gens sont en colère. Ils sont furieux. Il ne faut surtout pas le sous-estimer. »

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De son côté, Charles Michel défend ses réformes. Il l’a réaffirmé à la Chambre ce jeudi : « Ces mesures sont nécessaires pour assurer l’avenir. Il est de notre devoir de prendre des décisions. » Il n’a toutefois pas fermé la porte à la discussion. « Chacun doit écouter et respecter l’autre. J’espère que les partenaires sociaux pourront s’engager avec nous. »

>> Charles Michel défend ses réformes

Bart De Wever quant à lui s’est fendu d’un tweet dans lequel il remercie « tous ceux qui militent pour le bien-être et la prospérité, qui prennent leurs responsabilités, et qui ont confiance dans les décisions difficiles que nous prenons. »

Incidents en fin de parcours

Des incidents ont éclaté du côté du Midi, vers 14h. Des manifestants sont montés sur la petite ceinture, près de la porte de Hal. Plusieurs centaines de manifestants – ils sont emmenés par les dockers du port d’Anvers et de Gand, des métallos liégeois et ont été rejoints par une centaine de jeunes d’extrême-gauche – affrontent les policiers, leur lançant des pavés, incendiant des véhicules. La police réplique avec des gaz lacrymogènes et des autopompes.

Selon les informations que nous avons pu recueillir sur place, mais non confirmées par une source officielle, il y aurait un blessé grave, et plusieurs blessés légers. Plusieurs véhicules en stationnement ont été endommagés.

Vers 16 heures, la police a chargé la foule afin de disperser plusieurs centaines de manifestants qui s’étaient rassemblés entre la Porte de Hal et la gare de Bruxelles-Midi. Des incidents s’étaient déclarés à l’issue de la manifestation nationale et plusieurs véhicules ont été incendiés.

Les manifestants se sont dispersés et la situation est revenue au calme jeudi, vers 18 heures, aux abords de la gare de Bruxelles-Midi, théâtre de violents affrontements avec les forces de l’ordre. Une dizaine de carcasses de voitures brûlées se trouvent toujours sur le Boulevard du Midi et un important dispositif policier est maintenu.

Les photos des incidents

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