Il ne faut pas appliquer froidement l’accord de gouvernement

Chef du service Politique Temps de lecture: 2 min

Mieux vaut une bonne communication qu’un mauvais conflit. Pour l’avoir oublié, le gouvernement Michel a essuyé jeudi une des plus grandes manifestations de l’après-guerre et des violences inadmissibles dont Bruxelles et ses policiers se seraient bien passés.

C’est le résultat d’une absence d’écoute qui a commencé au moment des négociations gouvernementales. Les quatre partis ont pris le risque de produire un accord de majorité ambitieux. Ils ont annoncé d’un coup une dizaine de réformes auxquelles les syndicats s’opposaient depuis parfois plusieurs décennies : report de l’âge légal de la retraite, démantèlement partiel des crédit-temps, report de l’âge de la prépension, blocage des salaires, saut d’index et on en passe. Ils ont ajouté quelques mesures suspectes, dont on voit moins l’intérêt budgétaire, comme des baisses d’allocations pour des publics déjà à la limite de la pauvreté.

Un bon dialogue préalable avec les syndicats aurait permis d’entrevoir que l’absence de toute soupape sociale dans un texte aussi sulfureux allait produire un effet explosif. Et l’on a beau relire le document, on peine à donner tort aux manifestants quand ils estiment qu’il n’y a pas de taxation des revenus du capital, pas de lutte approfondie contre la fraude fiscale, pas de réforme fiscale permettant d’équilibrer quelque peu cet accord, d’ôter l’impression tenace et malsaine qu’une catégorie aisée de la population est épargnée.

Et la communication ne s’est pas améliorée ensuite : le gouvernement n’a pas expliqué ses mesures, n’en a pas détaillé l’importance pour le pays, n’a pas fait œuvre de pédagogie. Il y avait dans la manifestation plus d’un pensionné qui n’était en rien touché par les réformes et qui n’en savait rien…

Cette absence de clarté laisse aujourd’hui un boulevard aux syndicats, qui peuvent critiquer un accord en bloc, et rejeter du même coup des mesures indispensables.

Ce jeudi, pour la première fois, une discussion a eu lieu entre le gouvernement et les syndicats. Elle pourrait ouvrir la porte à une négociation digne de ce nom, dont il faut rappeler qu’elle sous-entend des concessions réciproques.

On pressent la difficulté de l’exercice pour Charles Michel, qui ne bluffe sans doute pas quand il parle de sa volonté de négocier. Mais ne risque-t-il pas de se retrouver pris entre la pression syndicale et la raideur de ses ministres les plus radicaux ?

C’est l’enjeu des semaines à venir. Mais une application froide de l’accord de gouvernement multipliera les mouvements sociaux destructeurs, prolongera l’immobilisme social du pays, et dopera le nationalisme, s’il le fallait encore.

 

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