La post-manif des policiers à bout de nerfs

Journaliste au service Société Temps de lecture: 2 min

La mise en cause virulente du bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur par les syndicats policiers repose sur le sentiment qu’il aurait « donné l’ordre de ne pas porter secours » à des agents livrés à la violence débridée des casseurs, dont les pavés et les cocktails Molotov ont éclipsé le succès de la manifestation du 6 novembre. Cet ordre n’a jamais été donné. Des erreurs stratégiques ont peut-être été commises dans la gestion d’une situation au déroulement par nature imprévisible. Les plaintes au pénal annoncées par les syndicats et l’enquête administrative demandée par le ministre de l’Intérieur permettront de faire le tri entre la réalité et les accusations.

La charge syndicale à l’encontre d’un politique rend compte, au-delà des incidents du 6 novembre, du profond malaise qui affecte la police. Depuis des années, les syndicats dénoncent les égarements de la réforme des polices qui a débouché sur la création précipitée d’un « machin » au fonctionnement compliqué, au financement défaillant, à la stratégie variable, pas toujours en phase avec les besoins et la demande de la société. L’atteinte frontale au régime des pensions des policiers, qui implique jusqu’à huit années de travail supplémentaire pour certains, est venue encore augmenter le sentiment d’abandon par un Etat qui considère sa police comme une entité de production sans âme de la sécurité, comme un prestataire ordinaire soumis à des normes indifférenciées de rationalisation.

Les policiers se considèrent à juste titre comme des victimes. Ils en sont réduits à quémander de l’assistance et de la protection à leurs autorités, eux qui sont justement censés être les solides garants de la protection de tous. Le message reçu par l’opinion est catastrophique : comment cette police, incapable de se défendre et d’être défendue, peut-elle être présentée par un gouvernement qui fait de la sécurité sa priorité médiatique comme une réponse crédible aux troubles de la vie en société ?

Ce week-end, des syndicalistes ont aussi suggéré aux policiers de recourir aux certificats médicaux pour échapper à d’autres services d’ordre. Ce message-là est également catastrophique. Si la police chavire et renonce à être un rempart solide contre toutes les violences, elle perd la confiance qui fonde sa légitimité. Elle ouvre la voie à d’autres acteurs de la sécurité qu’un Etat moins regardant aux normes démocratiques serait tenté de privilégier : le privé et l’armée investis de parcelles du si précieux pouvoir régalien exercé par la seule police.

La colère des policiers exprimée ce week-end était une post-manifestation à l’enjeu aussi crucial que ceux exprimés par les 120.000 marcheurs pacifiques du 6 novembre : quelle police pour quel Etat ?

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