Les bikers vers une nouvelle guerre

Les affrontements entre gangs se multiplient en Europe de l’Ouest. La Belgique est particulièrement exposée.

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 5 min

Le cadavre découvert le dimanche 26 octobre flottant dans le canal d’Overpelt, derrière l’entreprise Umicore, était celui d’un motard appartenant au gang criminel Satudarah. Signe particulier et inquiétant : ce biker a été abattu d’une balle dans la tête. Ce n’est peut-être qu’un règlement de comptes parmi de nombreux autres survenus en Europe ces dernières années (notre infographie), mais il matérialise la possibilité d’un affrontement bientôt généralisé entre ce gang émergeant de bikers Satudarah et les trois autres gangs traditionnels implantés en Europe : les Hells Angels (présents depuis 1967 via Zurich), les Bandidos (depuis 1989 via Marseille) et les Outlaws (depuis 1993 via Nantes). Un élément extérieur rend cet affrontement plus dangereux encore pour l’ordre public : plusieurs membres de ces clubs européens de bikers sont partis combattre Daesh en Irak , et pourraient bientôt revenir avec une expertise dans le maniement des armes.

Le risque d’affrontement est tel que deux criminologues – dont le Belge François Farcy, ancien directeur général judiciaire de la police fédérale et actuel directeur judiciaire de l’arrondissement Mons-Tournai – ont rédigé une note d’alerte bientôt diffusée par le Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines (DRMCC) de l’Université Paris II. Leur thèse : après avoir creusé leur trou aux Pays-Bas dans la communauté indonésienne – ils s’appelaient à l’origine Satudarah Maluku – puis réussi en avril 2012 leur expansion internationale via Anvers et Duisbourg, les bikers jaunes et noirs à la tête d’Indien se lanceraient aujourd’hui à la conquête de l’Europe, déstabilisant des dizaines de milliers de bikers et leurs activités criminelles. En deux ans, les Satudarah ont créé sept « chapitres » en Belgique, treize en Allemagne, six en Espagne, un en Suisse, un autre en Turquie, un au Danemark et un en Suède.

Cette première dissémination a eu un effet inattendu : en l’absence de réaction des Hells, d’autres clubs criminels se sont à leur tour créés, ont tenté leur chance et taillé d’autres croupières aux Hells Angels. Ce fut le cas notamment des « No Surrender » créé aux Pays-Bas par un ancien Satudarah. Le Benelux sera en première ligne des tensions puisque le No Surrender va débaucher, à Anvers et au Limbourg néerlandais, des anciens Hells. No Surrender va à son tour déferler sur l’Europe : vingt-sept chapitres aux Pays-Bas, deux en Belgique, deux en Espagne, deux en Allemagne, un au Surinam, un en Turquie. Particularité intéressante : un de leurs chapitres néerlandais, baptisé « Shqiponjat » (« Les aigles » en albanais), rassemble des Albanais et, selon François Farcy, tisse des liens avec la mafia albanophone.

La Belgique au coeur du mikado

Placée au cœur de ce mikado, la Belgique est particulièrement exposée. Non seulement c’est là qu’on repêche le corps d’un Satudarah, mais les bikers y avancent leurs pions dans des villes secondaires comme Huy, parfois désarçonnées par ce développement criminel. Ainsi, au moment où un autre club émergeant en Europe, les Mongols, déclare la guerre aux Hells à Amsterdam en y ouvrant leur propre chapitre, la tension monte à… Ath, où les Mongols ont ouvert discrètement un chapitre en août. « Il y a eu cette semaine sur la grand-place d’Ath une petite démonstration de force, note François Farcy, avec full colors (NDLR : porter ouvertement les couleurs du club est un signe de défi aux autres clubs et aux forces de l’ordre). Ath se retrouve ainsi au centre d’affrontements entre Mongols, Hells et Satudarah… »

La question est de savoir comment les trois grands clubs classiques (Hells, Outlaws, Bandidos) vont riposter. Pour « faire nombre », les clubs récents ont bradé le statut de membre : les adhésions ont été accélérées, des clubs de groupies ont été élevés au statut de « chapitres », etc. Mais il semble que les grands gangs soient en train de resserrer les boulons pour mieux se différencier du tout-venant. Davantage de discipline, donc davantage de violence. Une tension à surveiller.

Des bikers prennent les armes contre Daesh

Leurs photos circulent sur les réseaux sociaux depuis une vingtaine de jours désormais : on y voit des membres néerlandais et allemands de gangs de motards en train de combattre Daesh, les armes à la main en Irak, aux côtés des peshmergas kurdes. Certains portent de manière visible le tatouage « KFFK », Kurd Forever Forever Kurd. Interrogé, l’ancien « officier » (biker de référence) des Satudarah, le Néerlandais Klaus Otto, fondateur des « No Surrender », a confirmé que trois des membres de son club se battent en Irak, les armes à la main, contre Daesh.

En Allemagne, ce sont au moins deux membres du gang « Median Empire » qui se battent aux côtés des peshmergas. « Median Empire » est un club fondé à Cologne aligné sur les Mongols et dont plusieurs membres proviennent de la communauté kurde. « Le retour de ces bikers en Europe va poser problème, estime François Farcy : non seulement ils gagneront une aura certaine en revenant d’une zone de combat, mais ils auront également l’expérience de la guerre. »

Des bikers au Shape

Ceci nous rappelle qu’il y a toujours eu dans les clubs de bikers une relation privilégiée non seulement à la violence mais aussi aux militaires, au point qu’en Belgique la problématique « bikers » intéresse aussi le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS). C’est d’ailleurs un ex-militaire belge qui, en janvier dernier, avait défendu les Hells lors d’une enquête de la RTBF.

Récemment, les bikers ont commencé à s’intéresser au déploiement de troupes américaines au Shape, à Casteau (Mons). Dans ces troupes s’est développé un chapitre des Kings, club de bikers qui n’a bien entendu pas pu installer son club dans les locaux de l’Otan et s’est installé en dehors, sur le territoire belge. Ce club se revendique du « 1 % » – les clubs de motards criminels – et a entamé un rapprochement avec les Hells Angels de Charleroi. C’est une surprise, car les Kings comportent plusieurs membres américains de race noire, cependant que les Hells persistent à tenir un discours raciste.

 

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