Isabelle Durant entre en scène

Les députés bruxellois Isabelle Durant (Ecolo) et Bruno De Lille (Groen) vont déposer ensemble une proposition d’ordonnance afin d’encadrer les initiatives de coopération au développement de la Région. Si elle est prise en compte, elle pourrait être discutée au parlement dès janvier 2015.

Vous et Bruno De Lille souhaitez encadrer la coopération au développement de la région par une ordonnance. Pourquoi maintenant ?

Après la sixième réforme de l’Etat, il y a des compétences accrues pour les Régions. Je crois qu’il est important, pour nos trois Régions et donc pas seulement pour la Région bruxelloise – Bruno De Lille et moi déposons cette proposition en Région bruxelloise, les Ecolos wallons feront de même en Wallonie et Groen fera pareil en Flandre –, d’éviter la dispersion des moyens. Il importe de tracer un cadre, même si cela n’enlève pas aux autorités politiques le droit de mettre des nuances. Une ordonnance-cadre ne va pas dans les détails. Ensuite, c’est aussi une façon de pérenniser la coopération, d’inscrire une vraie ligne dans le budget, et donc de garantir que ce ne soit pas une petite compétence selon les préférences d’un gouvernement ou d’un autre. La coopération au développement est une vraie compétence. Bien sûr, les budgets ne sont pas énormes en Région bruxelloise, mais raison de plus pour bien les employer et cette ordonnance peut y contribuer.

Comment souhaitez-vous

caractériser cette coopération ?

On n’est pas une île déserte en Région bruxelloise. Cette coopération doit s’inscrire dans une logique à la fois fédérale, européenne et internationale. On ne doit pas redéfinir toutes les règles du jeu. On s’inscrit tout à fait dans les perspectives de coopération fédérales ou européennes, qui mettent en évidence la lutte contre la pauvreté dans les pays où on travaille, mais aussi les droits de l’homme et la cohérence des politiques, qui est très importante. On ne peut pas d’un côté avoir des accords commerciaux avec des pays du Sud qui mettent à mal les petits producteurs locaux, par exemple, et de l’autre travailler à essayer de sauver ces petits producteurs, cela n’a aucun sens. Et les récentes déclarations internationales de Paris, Accra et Busan invitent les Etats membres à s’inscrire dans une logique de cohérence des politiques. Autre caractéristique : on doit à la fois s’intéresser aux pays les moins avancés et aux pays à revenus intermédiaires. Il nous semble que Bruxelles doit pouvoir jouer sur deux pieds et à la fois soutenir des projets dans les pays les moins développés et dans les pays à revenus intermédiaires, qui sont des pays dans lesquels subsistent d’énormes inégalités, en particulier dans les grandes villes où se concentrent 80 % de la population mondiale. Bruxelles, qui vit elle-même de grandes inégalités au sein de sa population, pourrait utilement se concentrer vers des projets dans des grandes villes en développement pour travailler avec les pouvoirs locaux ou la société civile locale sur des projets pour les femmes, les jeunes, l’éducation, en matière de déchets, d’énergie, de ressources naturelles en ville. Je pense que Bruxelles pourrait apporter une contribution spécifique dans le cadre de la coopération fédérale.

Actuellement, les actions de la Région en matière de coopération au développement ne sont pas cohérentes ?

Elles pourraient l’être plus en tout cas, et en créant un débat autour de cette ordonnance-cadre et en la votant, on pourrait mieux cadrer les choses. Cela donnerait plus de cohérence à ce qu’on fait, même si les gouvernements successifs peuvent poser des accents spécifiques, a fortiori si on veut aussi renforcer la cohérence avec les autres niveaux de pouvoir concernés. Il y a une conférence interministérielle qui existe et qui pourrait fonctionner mieux. Elle est un outil indispensable pour articuler en fonction des différents budgets les coopérations pour les utiliser au mieux. Et coordonner les projets qui sont menés par les uns et les autres.

Y a-t-il également une cohérence à renforcer entre les initiatives de la Région et celles des communes, parfois très actives également dans la coopération au développement ?

Mais oui évidemment, et c’est pour ça que je parlais des grandes villes. Aujourd’hui, certaines communes bruxelloises ont des projets de coopération avec de grandes villes du Sud, Bruxelles-Ville avec Kinshasa, Schaerbeek avec Al Hoceïma, etc., et je pense que c’est important de laisser aux communes la possibilité de choisir les grandes villes avec lesquelles elles veulent coopérer, mais ça a quand même du sens de tenir compte de ce qu’on fait dans les communes pour pouvoir s’inscrire dans une logique régionale, pourquoi pas en renforçant un projet existant dans une commune.

Pensez-vous que la secrétaire d’Etat Bianca Debaets (CD&V), chargée de la coopération au développement au gouvernement bruxellois, sera intéressée par votre proposition ?

Je pense qu’elle, tout comme Guy Vanhengel (Open-VLD et ministre de tutelle de Bianca Debaets, NDLR), peuvent tout à fait entrer dans la logique d’une ordonnance-cadre.